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Les sportifs : les nouveaux influenceurs du web

Source: Instagram Antoine Griezmann

Avec l’évolution du digital, les athlètes sont désormais les influenceurs que les marques courtisent pour diffuser la bonne parole à un plus large public. Résultat ? Ces derniers raflent des contrats de sponsoring représentant des sommes astronomiques. Enquête sur ceux qui tirent le ticket gagnant. 

Qui en sort gagnant 

Le choix d’un athlète par une marque peut être vu comme une opportunité de marché. 

Lucas Olivier, autrefois Community manager pour Adidas, m’a confié qu’ils avaient approché l’international français Paul Pogba qui n’avait pas d’équipementier à cette époque et dont toutes les marques se disputaient le contrat. Pour les annonceurs, il est important d’observer chaque opportunité et potentiel marketing et d’y mettre les moyens financiers. 

Mais la marque peut aussi faire le choix d’un athlète par rapport aux valeurs qu’il véhicule, plus que pour son nombre d’abonnés. C’est le cas du champion Teddy Riner qui est considéré comme l’un des sportifs préférés des Français, et qui véhicule en tant que judoka et sportif de haut niveau des valeurs de respect et de travail. Il est d’ailleurs ambassadeur de Ford France et récemment il est devenu porte-parole de la marque Maisons Pierre et l’agence de communication MKTG a été choisi pour concevoir sa nouvelle campagne. Il est également très impliqué dans le milieu caritatif avec l’UNICEF ou Imagine. Il n’y a rien de mieux pour une marque que de s’associer à ce genre de sportif qui véhicule une image forte et qui va inspirer la cible.

Quand les sportifs représentent une marque, un certain nombre de critères rentrent en compte. Le produit doit être en adéquation avec ses valeurs. Il faut connaître la cible qui va acheter, par exemple, une nouvelle paire de chaussures et anticiper par quel athlète la cible va être influencée.  

Malheureusement parfois, les sportifs ont aussi des contraintes que n’ont pas forcément les influenceurs qui sont plus facile à approcher et dont c’est le métier. Généralement, une marque préfère les sportifs pour ce qu’ils véhiculent, mais bien souvent ils ont déjà des contrats, des partenariats et des exclusivités ailleurs. 

Entre crédibilité et notoriété

« Ronaldo a gagné plus d’argent comme influenceur qu’en jouant au football. »  

L’attaquant de la Juventus de Turin a touché près de 42 millions d’euros grâce à ses publications sponsorisées sur les réseaux sociaux contre environ 30 millions d’euros pour jouer sur le terrain (Source : l’équipe). Une chose est sûre, en plus de son physique avantageux et de ses performances sportives, le joueur maitrise parfaitement la plateforme Instagram et son story-telling.

Source Cristiano Ronaldo Instagram

La façon de communiquer ne cesse d’évoluer, notamment avec les athlètes qui sont ultra médiatisés et ce depuis leur tout jeune âge. Kylian Mbappé en est un exemple, car à 20 ans seulement, il a grandi avec le digital. Il est très présent sur toutes les plateformes et communique de manière régulière et réfléchie. Il est très suivi par les plus jeunes ce qui peut être très intérêssant pour les marques.

Pour les marques, les athlètes sont mieux qu’une campagne d’affichage dans le métro. C’est plus efficace, il est possible d’avoir les chiffres, de savoir qui tu touches et comment, tout est définit à l’avance et il est possible de voir les retombées exactes.

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Les femmes dans le milieu du sport: Les bonnes pratiques sur les réseaux sociaux

Pour cet article, je me suis tournée vers Vanessa Tomaszewski pour en savoir plus sur la place qu’a la femme dans le sport et sur leur façon de communiquer sur les réseaux sociaux. Un domaine que Vanessa connait très bien puisqu’elle a été joueuse à Monaco pendant 1 an avant de se blesser. Elle travaille aujourd’hui en free-lance dans le marketing digital sportif et depuis la Coupe du Monde de football féminine de 2018, elle est ambassadrice France pour la FIFA. 

Passant de joueuse à professionnelle de la communication et influenceuse, Vanessa a donc une vision 360 de la femme dans le sport.

Que penses-tu de la stratégie de communication qui est faite autour du sport « féminin » ?

Pour prendre l’exemple du football, le principal problème c’est que les sportives ne communiquent pas. Ou alors elles n’ont pas de réseaux pour le faire et si elles en ont, c’est très maladroit. 

Avec la Coupe du Monde féminine, je me suis rendue compte que l’Angleterre et les USA avaient tout compris et que la France était très en retard. Les États-Unis ont une vraie communication et sur Instagram il y a une véritable stratégie avec une ligne éditoriale, du contenu très orignal, décalé et proche des fans. Les Anglais ont mis en avant les joueuses individuellement et certains clubs et pays possèdent des comptes dédiés aux équipes féminines. En France, à part le PSG et quelques autres clubs, aucun ne possède de compte dédié exclusivement aux équipes féminines. 

L’OM a essayé d’innover, par exemple pour la journée de la femme au lieu de faire comme les autres et offrir des places aux femmes, ils ont offert des places aux hommes pour soutenir l’équipe féminine. 

Mais je pense que ce n’est pas seulement une stratégie qu’il faut avoir sur un réseau mais une stratégie globale, marketing et c’est ce qu’il manque dans le sport féminin et encore plus en France. 

Selon toi quel réseau social est le mieux pour communiquer ?

Aucun. Je pense qu’il faut avoir des objectifs différents sur chaque réseau. Par exemple, si ton objectif c’est d’avoir de la médiatisation et de créer de l’intérêt auprès des journalistes, il faut aller sur Twitter. Si ton objectif c’est de trouver des entreprises partenaires, il faut aller sur Twitter ou LinkedIn. Après si tu as un fort engagement sur Instagram tu vas intéresser les marques. Si tu veux viser un public plus large, il faut aller sur Facebook et Instagram sinon sur Tik Tok pour viser un public plus jeune. Cela dépend vraiment de la stratégie que le club ou le sportif veut adopter. Le seul problème c’est qu’il y en a qui n’ont pas forcément les ressources humaines pour faire tout ça, donc ils ne sont que sur un réseau. Le must c’est d’avoir une personne spécialisée dans le social media management.

En quoi les réseaux sociaux peuvent aider à une plus forte communication pour les femmes dans le milieu du sport ?

Le principal problème que rencontre le sport féminin est la sous-médiatisation et quand tu n’as pas le soutien des médias, le digital pour les sportives est un moyen de se créer, d’être son propre média et de communiquer par soi-même. Par la suite, si la sportive est suivie et engageante, les marques vont s’intéresser à elle.

Après, il faut être conseillé par un professionnel. C’est facile pour moi de dire tout ça vu que je suis spécialisée dans la communication, ce qui n’est pas le cas des sportives. Mais parfois j’en vois certaines qui font des partenariats qui nuisent à leur image alors qu’elles pourraient faire des partenariats beaucoup plus intéressants. Sur les réseaux sociaux il est possible de monétiser ses publications pour être mis en avant. Mais là encore nous nous heurtons à un autre problème qui est financier. Les femmes gagnent beaucoup moins que les hommes et seules les mieux payées ont un conseiller pour les aider. 

Les femmes ont donc encore du chemin à faire pour s’imposer, autant sportivement que sur les réseaux sociaux. Elles sont soumises à de nombreux problèmes et sont souvent comparées aux hommes. Même si la tendance commence à changer dans certains pays, la France, elle patauge encore un peu.

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Quand les réseaux sociaux entrainent le sport dans une nouvelle dimension

Source Instagram AdaHegerberg

« Twitter et Instagram sont devenus les plateformes numéro un pour faire des annonces. Aujourd’hui plus besoin de passer par la presse écrite ou la télé » Lucas Olivier

Le digital a révolutionné le monde dans lequel nous vivons. Cette révolution entamée depuis plusieurs années touche tous les secteurs et les services que l’on retrouve dans une entreprise. C’est un constat que l’on fait aussi dans le monde du sport.

Le marketing digital s’est intégré dans le domaine du sport en proposant de nouvelles manières de communiquer et d’attirer les supporters :

  • Le SMS marketing : en utilisant les données personnelles et la géolocalisation des supporters, les clubs peuvent toucher directement leurs cibles.
  • La newsletter : permettant d’informer les fans et de faire partager l’actualité du club.
  • L’application : après le site web il s’agit d’un outil utile pour convertir les supporters en de vrais ambassadeurs, en proposant des liens vers les boutiques officielles ou la billetterie des événements à venir.
  • Les réseaux sociaux : le social media joue un rôle prédominant dans la stratégie de communication d’un club ou d’un événement sportif. En ayant le même ton que son audience, le Community Manager peut à lui seul attirer des internautes qui ne supportent pas un club.

Le digital pour redorer son image et renforcer sa notoriété 

Il faut comprendre qu’aujourd’hui une absence de communication sur les réseaux entraine une absence de visibilité, un manque d’actualité et une descente dans l’oubli sauf cas particuliers. Certains comme le Toulouse FC, club de football français, a su tirer le meilleur du digital. Pourtant dernier du championnat cette année, peu populaire et peu titré, ces derniers ont une communication très originale et décalée ce qui leur permet d’avoir une grosse communauté et d’améliorer leur image malgré les résultats sportifs décevants. 

Aujourd’hui, les organisations peuvent devenir leur propre média et n’ont plus besoin des médias traditionnels pour s’adresser à leur cible. La communication est beaucoup plus directe, contrôlée et maîtrisée. Nous attendons des réseaux sociaux qu’ils génèrent également du business, direct mais plus généralement indirect. Notamment avec des post sponsorisés, des partenariats avec des marques, de la promo billetterie, mise en place de boutiques sur Facebook et Instagram.

Le partage d’actualités

Cela peut très bien être l’annonce de prochains matchs, les futures compétitions ou des apparitions en tant qu’invité dans une émission. Par exemple, dans le tweet ci-dessous, Tony Parker communique sur sa participation à la prochaine émission d’Auto-Moto.

Source Twitter

C’est aussi l’occasion de partager des projets qui sortent un peu de l’ordinaire, comme Teddy Riner qui annonce son doublage dans le film Disney Zootopie.

Source Facebook

Ces publications peuvent avoir un fort impact sur leur image, puisqu’elles montrent que ces sportifs sont demandés. Cette démarche ne sert donc pas uniquement à informer les fans, mais aussi à mettre en avant leur « valeur médiatique », pour éventuellement attirer de nouveaux sponsors ou recruteurs.

La recherche d’une communion avec les fans

Beaucoup de sportifs ont intégré le « social » sur les réseaux sociaux. Plus qu’un outil de gestion d’e-réputation, ils s’en servent aussi pour une communication plus personnelle et plus authentique. 

Alors, pour montrer à leurs supporters qu’ils sont des hommes et femmes comme les autres, qui aiment passer du temps en famille, entre amis, se promener, se prélasser. Bref, qu’en dehors du terrain ou du ring, ils ont des activités « normales ».

Certains utilisent même les réseaux sociaux pour annoncer de belles nouvelles, comme Tony Parker qui a posté un tweet pour annoncer que sa femme était enceinte.

Source Twitter

Par ailleurs, Teddy Riner a choisi Facebook pour s’excuser auprès de ses fans de ne pouvoir être présent à une compétition, en expliquant sincèrement la raison de son absence.

Source Facebook

Ce genre de message reçoit souvent des réactions très positives.

La découverte des sessions d’entraînement 

Qui dit sportif, dit forcément entraînement ! Toujours dans l’optique de créer du lien avec leurs fans, ils n’hésitent pas à partager leurs séances d’entraînement sur Facebook ou Twitter. Ces post permettent d’humaniser la relation, mais aussi d’envoyer un message fort à l’ensemble de leur communauté sur le fait qu’ils se préparent constamment, pour donner le meilleur d’eux-mêmes à chaque compétition.

Sur Instagram, Kingsley Coman et le FC Bayern publient des photos sur le terrain d’entraînement en valorisant la bonne humeur qui règne sur le terrain.

Source Instagram

Un hashtag dédié à sa communauté

Toujours dans une démarche de rapprochement avec leur communauté, certains sportifs n’hésitent pas à donner un surnom à leurs fans.

Par exemple, Jo-Wilfried Tsonga s’adresse à ses abonnés Facebook et followers Twitter en les appelant la #TsongaTeam.

Source Instagram

Ce surnom permet de renforcer leur sentiment d’appartenance à une communauté de fans du tennisman, mais aussi d’avoir l’impression d’être considéré, voire apprécié par leur idole.

Par ailleurs, l’idée d’associer ce surnom à un hashtag est très malin pour le suivi des retombées ! Le but est que les fans se l’approprient dans leurs propres publications sur les réseaux sociaux pour booster la visibilité du hashtag et, par ricochet, la notoriété du sportif.

 La valorisation des « bonnes actions »

Mais il ne faut pas oublier que plusieurs sportifs donnent une partie de ce qu’ils reçoivent. Certes, ils ne reversent pas tout et ils peuvent vivre confortablement, mais cela n’empêche pas ces derniers d’être présents auprès d’associations pour faire des dons d’argent et donner de leur temps. Plusieurs sportifs rappellent leur implication sur leurs réseaux sociaux tel que Jo-Wilfried Tsonga sur Facebook :

Source Facebook

Le dialogue avec les fans

Les sportifs ont souvent des dizaines voire des centaines de milliers de fans sur les réseaux sociaux. Il est difficile pour eux de répondre à tout le monde, puisque chaque post accueille des centaines de réactions. Parfois, ils essaient tout de même de répondre à quelques messages, comme Kylian Mbappé ou encore Franck Ribéry :

Source Twitter
Source Twitter

La réalisation de rêves

En juillet dernier, une utilisatrice de Twitter relaie un message vocal que son frère a envoyé au footballer Kylian Mbappé avec son portable. Le jeune supporter exprime son rêve de le rencontrer et tente de nouer des liens avec son idole. Le message a fait le tour des réseaux sociaux et le principal intéressé y a répondu positivement :

Source Snapchat et Twitter

Rencontrer ou parler à son idole est devenu très compliqué, voire impossible et pourtant les réseaux sociaux permettent des actions incroyables et touchantes qui n’auraient jamais été possibles sans la mobilisation des internautes. Certains sportifs réalisent les rêves d’enfants malades.

Finalement, tout le monde peut être gagnant à partir du moment où la communication sur les réseaux sociaux est bien gérée et maitrisée.  Les fans se sentent plus proches de leur idole, les sportifs y gagnent en notoriété et cela permet aussi de montrer une facette humaine qui n’est pas montrée par les médias traditionnels.

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Les influenceurs : au cœur de la stratégie marketing d’influence

Cet article, met à l’honneur Jordan Dutouya, influenceur Bordelais depuis 2016 qui a spécialement fait le déplacement pour m’accorder une interview sur son métier et sa passion pour le sport et le lifestyle. Bon…Pour être tout à fait honnête avec vous, il avait juste un rendez-vous pro dans la capitale avec la marque Puma. Bien, maintenant rentrons dans le vif du sujet.

Jordan préfère utiliser le terme de « créateur de contenu » mais pour l’article, nous allons rester avec le terme « Influenceur »

« Je ne me suis pas réveillé un jour en me disant : Tiens et si j’allais influencer les gens aujourd’hui ? ça sonne faux !»

Mais un influenceur c’est quoi ? 

C’est une personne qui a la capacité à un moment donné, comme son nom l’indique d’influencer une autre personne sur ses choix de vie et ses achats de par sa création de contenu sur les réseaux sociaux. Son travail consiste à collaborer avec différentes marques dans le cadre d’opérations marketing digitales. Sous contrat fixe ou sous « One Shot ». Ce dernier met son image au service de la marque et de son produit en créant du contenu original sous différents formats tel que la photo ou la vidéo qu’il diffuse ensuite sur ses différents réseaux sociaux tel que Instagram où il comptabilise 26 000 abonnés et bientôt 10 000 sur YouTube. Ce travail lui permet de vivre de sa passion, d’assister à des événements uniques, de rencontrer de nouvelles personnes, de créer des choses, de transmettre des messages positifs et de pouvoir inspirer des personnes à travers le monde. 

Le Football et le lifestyle 

« Au culot je leur avais envoyé un email pour leur dire que J’ai toujours joué en Adidas depuis que je suis gamin et que je pensais que ce serait cool qu’on fasse quelque chose ensemble »

Jordan est un passionné de photographie, de crampon et des produits qui touchent de près au football. Il a commencé par publier une photo par jour de ses paires de crampons et de ses entrainements. En à peine 2 mois il a atteint les 1000 abonnés et le tout premier partenariat s’est créer au bout de 6 mois avec Adidas. 

Après son partenariat avec Adidas, toutes les marques se sont mises à lui faire des propositions et il a eu la chance de travailler pour toutes les grandes marques de sport tel que New Balance ou Puma. En une année, il a réussi à atteindre entre 5000 et 10 000 abonnés. 

« Tu peux travailler comme un fou et avoir une très bonne rémunération à la fin du mois et le suivant ne rien avoir du tout, il faut savoir jongler entre les deux et gérer cela correctement car c’est assez complexe ». 

Les avantages du métier et d’être libre, indépendant et de pouvoir exercer sa passion ainsi qu’être son propre patron. Au-delà de ça il y a aussi des inconvénients, l’aspect gestion et financier au quotidien qui sont parfois difficiles à gérer. 

Les conseils de Jordan pour se lancer dans l’influence

« Le meilleur conseil que tu peux donner à quelqu’un, c’est de ne pas faire comme les autres… Être indépendant, faire quelque chose qui te passionne et traiter d’un sujet sur lequel tu as des choses à dire et un message à transmettre » 

Pour en savoir plus sur Jordan Dutouya cliquez-ici !

Vanessa Tomaszewski – Freelance et ambassadrice FIFA

Que penses-tu de la stratégie de communication qui est faite autour du sport « féminin » ?

Pour prendre l’exemple du football, le principal problème c’est que les sportives ne communiquent pas. Ou alors elles n’ont pas de réseaux pour le faire et si elles en ont, c’est très maladroit. 

Avec la Coupe du Monde féminine, je me suis rendue compte que l’Angleterre et les USA avaient tout compris et que la France était très en retard. Les États-Unis ont une vraie communication et sur Instagram il y a une véritable stratégie avec une ligne éditoriale, du contenu très orignal, décalé et proche des fans. Les Anglais ont mis en avant les joueuses individuellement et certains clubs et pays possèdent des comptes dédiés aux équipes féminines. En France, à part le PSG et quelques autres clubs, aucun ne possède de compte dédié exclusivement aux équipes féminines. 

L’OM a essayé d’innover, par exemple pour la journée de la femme au lieu de faire comme les autres et offrir des places aux femmes, ils ont offert des places aux hommes pour soutenir l’équipe féminine. 

Mais je pense que ce n’est pas seulement une stratégie qu’il faut avoir sur un réseau mais une stratégie globale, marketing et c’est ce qu’il manque dans le sport féminin et encore plus en France. 

Selon toi quel réseau social est le mieux pour communiquer ?

Aucun. Je pense qu’il faut avoir des objectifs différents sur chaque réseau. Par exemple, si ton objectif c’est d’avoir de la médiatisation et de créer de l’intérêt auprès des journalistes, il faut aller sur Twitter. Si ton objectif c’est de trouver des entreprises partenaires, il faut aller sur Twitter ou LinkedIn. Après si tu as un fort engagement sur Instagram tu vas intéresser les marques. Si tu veux viser un public plus large, il faut aller sur Facebook et Instagram sinon sur Tik Tok pour viser un public plus jeune. Cela dépend vraiment de la stratégie que le club ou le sportif veut adopter. Le seul problème c’est qu’il y en a qui n’ont pas forcément les ressources humaines pour faire tout ça, donc ils ne sont que sur un réseau. Le must c’est d’avoir une personne spécialisée dans le social media management.

En quoi les réseaux sociaux peuvent aider à une plus forte communication pour les femmes dans le milieu du sport ?

Le principal problème que rencontre le sport féminin est la sous-médiatisation et quand tu n’as pas le soutien des médias, le digital pour les sportives est un moyen de se créer, d’être son propre média et de communiquer par soi-même. Par la suite, si la sportive est suivie et engageante, les marques vont s’intéresser à elle.

Après, il faut être conseillé par un professionnel. C’est facile pour moi de dire tout ça vu que je suis spécialisée dans la communication, ce qui n’est pas le cas des sportives. Mais parfois j’en vois certaines qui font des partenariats qui nuisent à leur image alors qu’elles pourraient faire des partenariats beaucoup plus intéressants. Sur les réseaux sociaux il est possible de monétiser ses publications pour être mis en avant. Mais là encore nous nous heurtons à un autre problème qui est financier. Les femmes gagnent beaucoup moins que les hommes et seules les mieux payées ont un conseiller pour les aider. 

Dominique Crochu – ex FFF

Pouvez-vous vous présenter et présenter votre parcours ?

Toutes les informations sur mon parcours – ici

Pourquoi la communication et le digital ?

J’étais responsable de la communication interne à la Fédération Française de Football lorsque l’internet a commencé réellement à se développer en France (années 95-2000). Étant compétente sur les outils en ligne de l’époque (Audiotel – Minitel), l’évolution s’est faite naturellement vers le web ce qu’on appelait à ce moment-là, les NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication).

Pourquoi avez-vous décidé de vous battre pour le droit des femmes notamment dans l’univers sportif ?

On ne « décide pas de se battre pour le droit des femmes ». Je ne le formulerai pas de cette manière. Simplement, en observant au quotidien dans les années 80 et 90, les freins, les blocages, les interdictions, les refus, les résistances, les injustices concernant la pratique du football par les filles, cela m’a paru injuste. Donc au nom de la liberté, la liberté de choix des filles et des garçons pour pratiquer leur sport favori, je me suis investie et engagée. 

Que pensez-vous de la communication qui est faite autour du sport féminin ? Est-ce qu’il manque quelque chose ? Quelque chose qu’il faudrait modifier ? Les bonnes pratiques à suivre ?

Déjà, il n’y a pas de sport féminin. Ou il y a du sport masculin, cela on ne le dit jamais.  Fondamentalement ce qui prend le plus de temps, c’est l’évolution de la société, des habitudes, de notre culture. En conséquence, il faut intervenir sur toute l’éducation des enfants, par les parents et à l’école en maternelle, la gouvernance du sport. Ma tribune 

Pouvez-vous m’en dire davantage sur le rôle que vous avez joué en tant que directrice de l’information en ligne au sein de la FFF ?

J’ai été la 1ère femme nommée Directrice à la FFF en 2002, en charge des nouvelles technologies de l’information et de à communication. C’était le début du web dans les entreprises. Nous avons créé le site de la FFF (fff.fr), la plateforme des 130 sites internet des ligues et districts (entités régionales et départementales du football), réalisé la 1ere vidéo de l’Equipe de France sur téléphone portable en 2005 (le smartphone n’existait pas). Nous avions une direction à part entière avec des journalistes reporters d’images, des informaticiens, un service animation. C’était la force et la réussite de ce projet d’avoir une équipe dédiée. 

En quoi les réseaux sociaux peuvent aider à une plus forte communication et médiatisation pour les femmes dans le sport ?

Les réseaux aident la visibilité des femmes, pour autant qu’elles soient formées à la culture digitale. Et surtout qu’elles réalisent des hautes performances sportives. Autrement, pas de médiatisation. 

Vous êtes ambassadrice de la Coupe du Monde de Rugby 2023 qui aura lieu en France.  Comment voyez-vous cet événement ? Pensez-vous que la communication qui sera faite sera encore plus poussée que ce que l’on a pu observer avec la Coupe du Monde féminine de football 2019 ?

La Coupe du Monde de Rugby 2023 sera axée sur une grande fête populaire et de formidables rencontres sportives sur tout l’hexagone. On ne peut pas comparer des événements entre eux à quatre ans de différence et en plus pas le même sport. Pas le même genre (femmes / hommes). 

Pourquoi parle-t-on beaucoup plus des hommes que des femmes dans le secteur du sport ?

Le sport a été créé par les hommes, pour eux. Ils l’ont administré pendant des décennies, des siècles. Les femmes étaient exclues de cette activité. Et pendant longtemps. C’est encore le cas en 2020 dans certains pays dans le monde.

Quels sont les tendances du digital à suivre en 2020 ?

Le web, le digital, la Tech sont des outils puissants au bénéfice du bien commun. Ce qu’on appelle la « TechForGood ». C’est pour cela que je suis cofondatrice de Mixity : 1ere plateforme d’empreinte digitale de la diversité et de l’inclusion. Tout savoir, c’est ici : 

https://www.carenews.com/fr/news/social-tech-mixity-un-outil-d-evaluation-et-de-promotion-de-la-diversite-pour-les

Justine Roy – Influenceuse et bloggeuse running et lifestyle

Peux-tu te présenter, toi et ton parcours et expliquer comment tu en es arrivée là aujourd’hui ? Pourquoi le running ?

Je suis Justine Roy, j’ai 23 ans. J’ai commencé en faisant une fac de maths et à côté j’ai découvert le running grâce à un pote à moi. Il faut savoir que moi à la base, je n’étais pas du tout sportive puis je me suis mise au sport, au running, et je me suis mise à partager des photos quand j’allais courir.  Je prenais mes baskets en photo (rire), le paysage en photo puis je disais « oui 5km, 10km » et en fait, je ne le savais pas à ce moment-là, mais il y avait une énorme communauté sur les réseaux sociaux et sur Instagram qui faisait la même chose.  Et j’ai rencontré Amélie Tauziede qui était très connue à l’époque et en fait, je lui faisais ses photos et à côté moi j’étais sur Instagram et je partageais ce que j’aimais faire. Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain mais à un moment donné je me suis dit « Ah oui, il y a quelque chose à faire » puis je me suis orientée et j’ai été à AMOS et du coup cela s’est fait tout seul. Je n’ai rien fait du jour au lendemain en me disant « oui je veux faire ça ».  Non, c’est venu tout seul et je partageais juste ce que j’aimais et ça a marché et je me suis dit que c’était là-dedans que je voulais travailler. Actuellement je suis à L’INSEEC en marketing digital.

Le réseau social que tu préfères pour communiquer et pourquoi ?

Mon réseau social préféré, c’est Instagram car c’est là où je suis le plus souvent et c’est plus pratique pour partager les stories et les photos et moi j’adore la photo depuis que je suis toute petite et je me suis toujours intéressée à la photo. Instagram, c’est aussi un moyen de me faire plaisir par rapport à mes passions. Que ce soit la sport et la photo. Après je ne suis pas sur Facebook et un petit peu sur YouTube. 

Quels sont les avantages d’être « influenceur » et les inconvénients ? 

Pour les avantages en vrai, je n’ai jamais réfléchi mais je dirais que ce qui est cool c’est de pouvoir partager sa passion, de rencontrer plein de personnes qui sont toutes plus intéressantes les unes que les autres.  Les dotations ça aide aussi car je sais qu’il y a plein de choses que je n’aurais pas pu avoir si je n’étais pas sur Instagram. Pour les inconvénients, moi je n’en ai pas vraiment. Le seul truc, c’est que je n’aime pas trop parler de ça quand je rencontre de nouvelles personnes. En vrai Instagram, cela ne m’a jamais desservie. Sinon je dirais, le temps que cela prend. On ne se rend pas forcément compte du temps que cela prend de créer du contenu, de répondre à tout le monde et d’être présent, et les gens veulent parfois avoir un peu trop accès à notre vie privée. 

Quel a été le plus gros projet que tu as réalisé grâce à ton métier d’influenceuse ? 

Alors les plus gros projets que j’ai réalisés, en fait il y en a deux. Quand je suis partie au Maroc avec Lastminute.com, j’ai fait un tournage pour eux. Et ça je n’aurais jamais imaginé que cela soit possible de partir, de voyager grâce à Instagram, tous frais payés, et être payée en plus c’est complétement fou. Le deuxième projet, c’est celui avec Go Sport auprès de qui je suis ambassadrice. Ce qui est vraiment cool pour moi, pour mon image, mais aussi la proximité avec toutes les marques sportives. 

Avec quelles marques as-tu collaborées et obtenues des partenariats ? 

Pour les marques avec lesquelles j’ai collaborées, il y en a plein : des marques de thés, de sport. En fait, moi je suis vraiment food et sport du coup en food j’ai Nutri et toutes les autres marques du genre. Puis en sport, toutes les grosses marques comme Adidas, Nike, Puma. Et là je suis aussi ambassadrice pour Go Sport.  Ils aiment mon image, mon rapport avec le sport et ma manière de partager. Après pour les voyages : Office du tourisme.  Franchement de tout. 

As-tu des modèles de sportifs/marques/influenceurs qui t’inspirent par leur façon de communiquer ? 

Pour les inspirations, avant j’étais très inspirée par Anne et là aujourd’hui beaucoup moins car je ne me retrouve plus dans ce qu’elle fait. Désormais, je dirais que se sont beaucoup plus les américaines dans le sport ou mes potes Londoniennes. Et la marque pour laquelle je préfère communiquer c’est Adidas.  Sa manière de communiquer sur les réseaux sociaux est juste folle et je trouve qu’ils font ça très bien. 

Quelles sont les tendances du sport et du digital à suivre en 2020 selon toi ? 

Pour les tendances 2020, je dirais que c’est une très bonne question.  Je pense qu’il faut surveiller Tik Tok par ce qu’ils sont en train de décoller de plus en plus.  Tous les gens d’Instagram sont en train de basculer sur Tik Tok et ils ont raison. Après, je pense qu’en 2020 il faudra être présent un peu sur tous les réseaux sociaux et pas seulement sur Instagram, parce que j’ai l’impression que sur Instagram, on va être de plus en plus groupés et nombreux. 

J’aimerais également avoir ton avis sur les femmes dans le monde du sport qui sont moins bien présentées dans certains sports.  Selon toi que manque-t-il au niveau communication, quelles sont les bonnes pratiques à suivre pour avoir plus de visibilité ? 

Le truc sur les réseaux sociaux là il n’y a aucun souci, c’est beaucoup plus facile d’être suivie si tu es une fille que si tu es un mec, quel que soit le sport que tu fais. Mais c’est vrai que dans les médias, ne serait-ce que pour le football ou les autres sports du genre, les femmes ne sont pas trop mises en avant.  Je trouve ça très dommage alors que pourtant, si tu regardes leur communauté, elles ont bien des gens qui les suivent. C’est surtout au niveau des médias que cela bloque. Car ce sont les sponsors qui ont le budget et les sous.  Ce sont les sponsors eux-mêmes qui devraient investir plus dans les femmes. Il faudrait donner plus de visibilité dans les médias et à la télévision d’abord et sans doute que ça décollera. 

David Lortholary – Journaliste RMC Sport

Est-ce que tu peux te présenter et présenter ton parcours ? 

Alors David Lortholary, je suis journaliste depuis le début et jusqu’à maintenant, je n’ai fait que ça.  Hormis une expérience qui ne mérite pas qu’on s’y attarde mais j’avais souhaité, au cours de mes études à Science Po, une expérience dans une agence de communication politique en l’occurrence, qui m’avait permis de voir un peu ce que c’était que le domaine de la communication pur et simple. Communiquer pour un parti politique, communiquer pour des personnalités et qui ne concernait pas à l’époque le sport. Depuis, ça date un peu (les années 2000), je n’ai fait que cheminer dans différents médias de sport.  D’abord en presse écrite, j’ai commencé à Nice Matin qui était un grand quotidien régional, Omni Sport et au fil des contacts et des opportunités, j’ai basculé dans la presse magazine football.  C’était en 2005-2006, différents magazines de foot pour lesquelles j’ai été responsable et puis en 2008-2009, j’ai basculé en plus de ça en radio et en télé avec deux premières expériences toujours dans le sport, foot et autres sports.  J’ai touché à beaucoup de choses depuis, on peut citer comme ça en vrac évidemment de la gymnastique, du patinage, de la natation, des sports extrêmes avec un regard très tendre sur le sport mais très ouvert aussi à toutes les disciplines et à tous les aspects du sport et aujourd’hui encore, je jongle avec de l’écrit, de l’audio et du visuel en plus des quelques livres que j’ai eu la chance de rédiger. 

Tu as toujours eu un intérêt pour le secteur du sport ?

Cela ne te parlera pas cette époque-là, mais en 1989 j’avais 10 ans.  Je me suis aperçu après avec le recul que les choses étaient quelque part logiques, parce que déjà à l’époque, l’été chez ma grand-mère, j’écrivais comme des brouillons d’articles pour résumer les étapes du Tour de France qui avaient eu lieu le jour même. Donc j’avais sans le savoir déjà un intérêt pour la rédaction et le sport et ça s’est confirmé après. J’avais deux centres d’intérêts principaux quand j’étais étudiant, c’était la chose politique et la chose sportive donc après j’ai fait le choix d’insister dans le sport et j’y suis resté.  Puis le sport c’est vraiment une affaire de plaisir.  C’est assez naturel, il n’y a pas vraiment d’explication.  Ca vient de-moi si tu veux. J’aime bien le sport, j’aime bien beaucoup de sports et j’ai toujours suivi dans la dimension internationale tout un tas de sports comme du rugby, du football, du tennis que j’ai pratiqué moi-même, du ski et d’autres choses. Je n’ai pas d’explication toute faite, mais je pense que c’est un intérêt pour un ensemble de choses qui sont les qualités du sport comme : le beau geste, l’esprit du sport, la santé derrière pour ceux qui en pratiquent.  Quand ce n’est pas à très haute dose évidemment et lié à mes rares qualités qui sont celles de rédacteur (rire) non mais c’était logique, tu vois, et je n’ai pas trop à me poser la question et à me torturer l’esprit pourquoi tu as fait ça ? Est-ce que tu as envie de faire quelque chose d’autre ? J’espère que ça durera encore longtemps cet attrait-là qui ne s’est jamais démenti, malgré les défauts qu’il peut y avoir dans le monde du sport, notamment professionnel, mais sport plus média pour moi c’était vraiment le truc idéal quoi.

Le sport c’est le secteur qui a su le mieux tirer profit des réseaux sociaux.  Je voulais savoir ce que tu pensais de l’évolution de cette communication dans ce domaine ?

Du point de vue du journaliste, avec du recul on n’est pas une évolution à première vue en tout cas, pas une évolution très positive. La communication est très abondante aujourd’hui dans tous les domaines, le sport est bien sur concerné. Il y a les réseaux sociaux qui ont permis une communication plus directe des personnalités, des vedettes mais aussi des gens moins connus vers leur public et ça pour eux c’est forcément un atout.  Il y a un intérêt avec le contact avec le public qui demande cela, mais du point de vue du journaliste c’est très discutable parce que les témoignages des grands anciens dans les années 40/50/60/70/80 jusqu’aux années 90, il y avait une relation plus traditionnelle.  C’est-à-dire probablement plus humaine avec les sportifs pour les journalistes, à savoir que l’on pouvait passer la tête à travers la porte du vestiaire, on pouvait ne pas trop compter notre temps quand on parlait avec un sportif parce qu’il y avait une relation un peu privilégiée qui se créait, une forme de complicité.  Aujourd’hui, le monde de la communication, avec tous ces intermédiaires, avec les agents, les attachés de presse, oui avec tous ces intermédiaires, on est un peu enfermé dans un système très organisé avec des gens, on se demande à quoi ils servent et dont on a l’impression un peu diffuse qu’ils empêchent le bon contact entre le sportif et le journaliste.  Mais ça c’est vraiment le regard journalistique, parce que j’ai l’impression que ça ne s’est pas amélioré sur les dernières décennies.  En revanche, je suis complétement d’accord avec l’idée que tu défends certainement que les nouveaux outils de communication sont hyper efficaces pour contacter les sportifs, pour nouer une relation avec un sportif.  Une première relation alors qu’ils sont parfois aux États-Unis, en Australie, en Amérique du Sud, dans des contrés lointaines et on a un outil très efficace avec les réseaux sociaux en particulier, les emails aussi, pour contacter ces gens-là. Et ça, ça peut être très pratique.  Après, il n’y a pas un taux de réussite de 100% bien sûr, parce que certains ne sont pas intéressés par un projet de journalisme ou parce que d’autres nous ignorent, parce que d’autres laissent les communicants ou des professionnels de la communication gérer à leur place leurs affaires.  Soit, parce qu’ils sont trop demandés, soit parce qu’ils ont un ami qui s’occupe de ça, soit parce qu’ils ont des intermédiaires qui se sont ajoutés dans leur système professionnel.  Mais il y a quand même cet atout là qu’il faut constater, que moi j’ai accepté, je travaille notamment avec Instagram, Facebook et avec Twitter et il y a là quand même un outil extrêmement efficace pour contacter des sportifs de tous niveaux et ça c’est très bien.  C’est très pratique et souvent ils nous le rendent très bien aussi, car souvent ils comprennent qu’on a fait l’effort de venir vers eux et ça leur fait plaisir quand même globalement. 

C’est vrai qu’il y a le rapport privilégié avec les supporters, les suiveurs, le public, avec le danger et moi je ne veux pas te parler de ça juste en 30 secondes, mais avec le danger, que l’on rencontre dans le domaine politique, que ce soit un mirage.  C’est-à-dire, il y a une communication directe, mais elle n’est pas filtrée et elle peut être chargée de propagande, de « on veut faire passer son message à tout prix », parfois travestir la réalité ou enjoliver la réalité.  Dans le sport c’est peut-être un peu moins grave, mais dans la politique ça peut être vraiment grave.  Tu as des personnalités puissantes qui ont décidés de laisser les journalistes parce que, désolé je vais être vulgaire, mais les journalistes les emmerdaient parce qu’ils étaient là pour poser les questions embêtantes, pour poser des questions qui remettaient en cause les choses. Et aujourd’hui les communicants ont compris que c’était une arme pour eux, pour aller directement vers leur public sans être embêtés par des gens qui cherchaient la petite bête.  Mais pour les sportifs, pour leurs supporters, oui évidemment c’est un atout formidable. 

Je suis d’accord avec toi et je pense que ça vaut dans tous les secteurs et surtout aujourd’hui avec Twitter et la désinformation.

J’y réfléchissais encore hier soir,  le problème de ces formats-là, qui sont des formats courts, des formats de réaction, c’est que cela ne facilite pas une discussion lente et posée où on prend le temps.  Tu sais les gens ont tendance à être dans l’instantané et dans l’accroche, dans la directive et parfois dans les insultes, mais après il faut faire avec et composer avec ça.  De toute façon, toi tu le vois bien, toi qui suis tout particulièrement un club de tout premier plan et une entreprise sportive de tout premier plan avec le FC Bayern.  Tu vois c’est très au point, très efficace et que la communication est très performante.  Mais moi j’insiste, il y a ce petit aspect là pour le journaliste qui est un petit peu frustrant aujourd’hui, on a du mal à savoir le fond des choses.  Le meilleur exemple c’est le domaine médical, on a l’impression aujourd’hui que c’est une caricature, on a l’impression que les grandes entreprises et les grands clubs sportifs veulent cacher à tout prix le diagnostic médical alors qu’en fait ce n’est qu’une information factuelle. Un joueur peut être blessé à la cheville, une blessure musculaire et le souci de leur joueur on ne sait pas vraiment pourquoi en fait, mais bon je referme la parenthèse. 

Est-ce que tu n’as pas peur avec l’avancée des réseaux sociaux que la presse écrite soit vouée à disparaitre un jour ? Est-ce que tu n’as pas peur d’avoir moins de place ?

Et bien tu tombes bien, parce que moi je donne des cours.  Je n’en ai pas parlé dans ma présentation, mais je suis enseignant depuis bientôt 10 ans maintenant dans une école de journalisme de Paris et je réfléchis à tout ça et à toutes ces mutations.  D’ailleurs, il y a des livres qui commencent à paraitre sur les nouvelles technologies et le journalisme.  On a eu de ce que j’ai compris et de ce que l’on a maintenant digéré depuis les dernières années, on a eu une période je dirais entre 2001 et 2016 on va dire en gros, où les journalistes se sont sentis perdus et ont eu l’impression d’être un peu dépassés par le mouvement.  Ils ont eu l’impression d’être submergés par le numérique, par l’internet en général et se sont posés la question de leur légitimité, parce qu’avec les téléphones chacun peut faire une photo dans la rue, chacun peut très facilement faire une petite vidéo dans la rue, la publier instantanément et ça fait office d’information.  Chaque citoyen peut faire ça et aujourd’hui les journalistes sont en train de s’organiser, ils sont en train de comprendre, de digérer tout ça, d’intégrer tout ça. Tu sais qu’une chaine d’information comme BFM encourage aujourd’hui ses journalistes à dégainer le smartphone pour faire une vidéo très vite et pour la diffuser ensuite à l’antenne parce que la technique et la technologie le permettent.  Et ça c’est révélateur, parce que ça montre que les journalistes sont en train de s’organiser pour trouver une place dans ce nouveau monde.  Bien sûr il y a des bouleversements.  Bien sûr, il y en a eus quand la radio est arrivée il y a des décennies, puis quand la télévision est arrivée et quand internet est arrivé et puis chaque média trouve sa place et doit se réinventer, se transformer et il y a plusieurs hypothèses sur l’avenir de la presse écrite traditionnelle. Une des hypothèses, qui est la mienne, mais je ne sais pas si c’est la bonne, la presse écrite va diminuer en quantité, mais gagner en qualité parce qu’il y aura des gens qui seront prêts à payer un certain prix parfois assez cher pour une information de qualité, une information très travaillée, très réfléchie.  Mais ça coute cher et donc il risque d’y avoir une fracture entre deux modèles, un modèle payant assez élitiste peut-être et un modèle gratuit peut- être un peu plus poubelle et je parle d’un point de vue journalistique et informatif. Poubelle c’est un terme trop fort, mais un contenu plus gratuit et plus populaire, c’est une des hypothèses.  Après il y a des hypothèses intermédiaires, parce que les États-Unis sont un peu en avance sur nous, des pays anglophones sont un peu en avance sur nous et ont essayé de lancer des modèles avec des parties un peu payantes et des parties un peu moins payantes.  On est encore en pleine recherche de ça, mais pour faire la synthèse aucun type de média ne disparait mais simplement il se transforme, il change.  Et effectivement il y a des mutations qui sont parfois un peu douloureuses.  Parfois, il y a un peu moins de ventes, on a moins besoin de certains types de journalistes, il y a des types de journalistes qui sont moins demandés et cela nécessite d’être un peu caméléon.  En tout cas, c’est ce que je fais moi pour aller d’un média à l’autre tout simplement. 

Cela ne fait pas partie de mes questions, mais tu bosses un peu partout : la télé, la radio, les réseaux etc. Est-ce que tu as un ressenti par rapport aux gens qui suivent cette actualité sportive sur ces réseaux sociaux? 

De mon point de vue, les gens consomment plus au niveau des réseaux sociaux et consomment moins niveau presse écrite, mais je ne sais pas ce que toi tu ressens par rapport à ça ? 

Oui, après il y a des sites internet qui se sont installés, je ne pourrais pas te faire un partenariat précis parce qu’il y en a qui m’échappent, d’autres que je pratique moi, mais avec une spécialité précise.  Par exemple le football allemand, mais là je ne vais pas sur l’Equipe.fr parce que je sais que ce n’est pas là où je vais avoir l’information dans mon domaine.  Mais par ailleurs sur les réseaux sociaux il y a de tout, il y a des gens cultivés, des gens un peu plus éruptifs, c’est-à-dire des gens qui vont être beaucoup plus dans la réaction, qui vont poser des questions spontanées, d’autres qui vont essayer de proposer un peu plus de réflexion.  Il y a vraiment de tout et petit à petit ça s’organise, il y a de nouveaux médias, de nouveaux canaux et de nouveaux flux.  Il y a toujours un temps qui peut s’apparenter à une jungle où chacun cherche un peu sa place.  Le cadre légal doit aussi s’adapter parce qu’il faut un cadre de loi qui s’adapte.  Et oui après, pour le sport spécifiquement, je pense que c’est pareil que dans les autres domaines, tu vas retrouver un peu le même public que celui qui était traditionnellement intéressé par ça.  Il y avait peut-être une nouveauté, mais qui avait déjà été amorcée par les radios qui faisaient intervenir les auditeurs par téléphone. Les gens sont contents, j’ai l’impression qu’on leur donne la parole, les gens sur les forums s’expriment à tel point que les sites internet les plus sérieux, comme tu le sais, ont dû mettre des filtres.  Tu dois t’inscrire, donner ton adresse email, parfois tu dois donner ton âge ou un numéro de téléphone et donc ça filtre un peu les entrées mais les gens sont très contents. Il n’y a qu’à voir avec le standard sur RMC, les gens appellent beaucoup. Il y a beaucoup de succès et ça c’est probablement un intérêt qu’ont apportées les nouvelles technologies récentes et notamment les réseaux sociaux, les gens peuvent s’exprimer. Il y avait une demande et un besoin. Maintenant il faut aussi que ce soit régulé et cadré, trié, hiérarchisé pour que ce soit compréhensible, audible, constructif et là on en revient au savoir-faire habituel des communicants et des gens de l’information.  On a besoin d’eux pour organiser le chaos et cette jungle. Je ne sais pas comment toi tu vis le truc, mais moi je me suis un petit peu distancié du temps que je passais sur les réseaux sociaux, parce que je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de choses sans importance et que du coup on était un peu perdu entre ce qui nous apportait vraiment quelque chose et ce qui était de l’ordre du négligeable.  Et ça aujourd’hui, la pratique des réseaux sociaux est encore en pleine mutation.  Tu as des gens qui vont y passer beaucoup de temps parce que ça les passionne et d’autres qui vont y perdre du temps et je pense que les gens de la communication et de l’information sont obligés de s’organiser vis-à-vis de ça. On ne peut pas regarder tout et n’importe quoi.  Je l’ai fait longtemps, puis à un moment donné je me suis dit qu’il faudrait se concentrer sur les comptes un peu plus sérieux sur Twitter, sur les gens qui sont un peu installés déjà. Après, dernière chose, pour les gens et là, ça concerne tout le monde, le grand public, les vedettes du sport et les autres, les gens de l’information, il y a besoin aujourd’hui sur les réseaux sociaux de contrôler son image.  Toi tu connais très bien ça, tu fais très attention à ce que tu montres.  Tu essayes de proposer une image de quelque chose de qualitativement jolie et ça concerne l’image personnelle et l’image de ce que l’on véhicule. C’est-à-dire que moi j’essaye de faire attention, j’essaye de répondre aux gens, d’être poli, parfois on est un peu énervé donc on essaye de se contrôler et puis essayer de jouer un peu avec l’image.  C’est-à-dire de publier parfois quelque chose qui surprend, jouer un peu avec les différentes qualités que nous pouvons avoir, dans différentes langues, montrer des choses telles qu’elles n’ont jamais été montrées.  Par exemple, un terrain de foot avant l’entrainement, au moment où il est arrosé.  Tu vois, je te dis des choses comme ça qui me reviennent, mais montrer un vestiaire c’est très à la mode dans les médias aujourd’hui.  Ce qu’on appelle le making off, on aime beaucoup se montrer et se mettre en scène et les réseaux sociaux ont entretenu ça.  Il y a un contrôle de l’image, on veut montrer des choses en transparence, on veut montrer et c’est très paradoxal, des choses qui nous conviennent, il y a vraiment une pratique qui s’est mise en place dans ces 10/15 dernières années, qui sont encore en mutation.  Les communicants eux, c’est certain, ils sont au point.  Les grandes marques savent faire, elles savent jouer avec leur public, elles savent teaser, entretenir la demande, le besoin, l’envie et c’est tout un savoir-faire de professionnel très clairement. 

Selon toi, de ce que tu peux voir et de ce que tu peux faire, quelles sont les bonnes pratiques à suivre sur les réseaux sociaux ? Moi je suis toujours un peu choqué de livrer des informations gratuitement parce que je pense qu’une information a une valeur dans la mesure où il faut du temps pour aller la chercher, pour la vérifier pour qu’elle soit fiable.  Donc ce qui fait sens pour moi, sur le plan journalistique, c’est de se servir des réseaux sociaux pour appeler les auditeurs, les lecteurs et les téléspectateurs et internautes de venir voir le produit en profondeur, à venir voir une émission de télé, un reportage, venir lire une enquête, venir sur le terrain voir un match.  Les réseaux sociaux servent dans ce cas là à teaser.  Et là on va suivre dans le domaine de la communication.  Il faut que les journalistes communiquent comme un communicant classique pour donner envie à ce qu’on vienne chercher l’information.  Mais quand je vois que certaines informations sont balancées sans filtres, je trouve ça un peu hâtif, excessif et surtout avec le risque que l’on n’ait pas pris le temps de vérifier, de mettre en perspective, de comparer avec d’autres infos.  C’est ça le danger que je vois d’un point de vue journalistique.  Après sur la communication, on en sait un peu plus, on a pris du recul.  On sait que si on fait de la notification à destination d’un public et on s’en est aperçu avec une étude à la clé, que si on en faisait trop dans la journée, le public avait un sentiment de rejet parce qu’il en avait trop et se sentait étouffé.  A l’inverse, si on ne communiquait pas suffisamment, le public était en manque donc il y a un juste milieu. 

Lucas Olivier – Social Media Manager LFP

Tu peux te présenter ? 

J’ai 27 ans.  Mon parcours d’étude, j’ai fait 3 ans d’université, j’ai fait STAPS spécialisé en management du sport et après pour le master j’ai décidé d’aller sur Paris.  J’étais à Rouen, mais j’ai décidé d’aller sur Paris car il y a toutes les entreprises qui sont dans le business du sport et il y a plus d’opportunités. Mon Master était dans une école de sport business.  Ensuite, à la fin de mes études, j’ai fait un stage de relations publiques dans une agence qui s’appelle Nord Communication et j’étais assistant attaché de presse.  Et en fait derrière, j’ai eu l’opportunité en fait, en parallèle avec ce stage, je faisais un mémoire qui était consacré aux stratégies de communication digitale dans le monde du sport.  Grâce à mes interviews, je me suis fait un petit réseau.  Derrière j’ai eu l’opportunité via certaines interviews, dont quelqu’un d’Adidas qui m’a proposé de faire un stage à Adidas France, dont le siège est Strasbourg, mais dans le social média et c’était lié à mon mémoire du coup.  Après le stage, je suis resté 6 mois encore, donc j’ai bossé un an chez Adidas. Puis j’ai bossé pour eux en free-lance et ils m’ont demandé de continuer de travailler pour eux, mais ils ne pouvaient pas me prendre en contrat. Sauf que si tu ne veux pas bosser pour une seule entreprise quand tu es en free-lance, c’est un peu du salarial déguisé, du coup je me suis aussi mis à la recherche d’autres entreprises.  C’est comme ça que je suis arrivé à l’Equipe où j’ai bossé pendant 3 mois, mais de manière assez ponctuelle.  C’est-à-dire que je bossais tous les weekends et j’allais là-bas je faisais le live des matchs et je m’occupais des réseaux sociaux de l’Equipe le samedi et le dimanche quand il y avait le sport et la grosse actu. C’était hyper intense mais c’était hyper cool parce que quand tu es passionné de sport bah je passais ma journée à regarder tout le sport et à parler dessus. C’était en 2016 et après j’ai signé un CDI à RMC Sport.  Ca reprenait un peu ce que je faisais à l’Equipe, mais de manière un peu plus quotidienne parce que je ne le faisais pas que le weekend mais aussi la semaine.  Puis, il y avait la télé et la radio donc de devoir couvrir l’actualité sportive sur les réseaux sociaux en orientant les gens vers un site internet comme c’était le cas pour l’Equipe, et bah là je devais orienter les gens vers la radio, la télé, etc.  Donc il y avait beaucoup plus de plateformes et beaucoup plus de choses à faire et différentes.  Ensuite j’y suis resté un an et demi 2 ans, et après je suis arrivé à la ligue de football professionnelle où, pareil, je suis dans l’équipe qui s’occupe de la communication digitale où l’on gère les plateformes digitales donc site internet et réseaux sociaux, applications etc… de toutes les compétitions, des produits ligue 1, ligue 2 et de la partie corporate. 

J’imagine que si tu as choisi le secteur du sport, c’est par ce que tu es passionné ?

De toute façon, j’ai fait toutes mes études dans le sport, dès 18 ans je savais que je voulais bosser dans le sport et c’était vraiment le domaine dans lequel je voulais évoluer et j’ai eu la chance de le faire.  Après ce n’est pas donné à tout le monde, parce que moi je connais plein de gens de ma promo qui ont dû aller ailleurs parce qu’ils n’ont pas pu continuer dans le sport.  Puis après c’est limité mais aussi en plein développement.  C’est une question de chance mais c’est aussi une question qu’il faut aller le chercher.  Mon stage chez Adidas, je suis allée le chercher parce que je l’ai eu grâce à mon mémoire.  J’ai interviewé une vingtaine de personnes alors qu’il y en avait que cinq à faire.  Je suis vraiment allé chercher et c’est vraiment ce qu’il faut faire quand tu es en études.  Il faut aller chercher les contacts et le réseau, il faut aller sur des événements, il faut faire plein de choses et c’est comme ça que tu t’ouvres des opportunités. Bon après c’est aussi de la chance et un ensemble de choses. Après je te dis ça, mais moi je ne pense pas faire toute ma carrière dans le sport donc je suis content de le faire maintenant.  Après, c’est sûr qu’à un moment donné j’en aurais un peu marre entre guillemets. J’aimerais bien voir autre chose.  Surtout dans le sport, vu que c’est hyper attractif, ce n’est pas forcément dans ce milieu-là que tu seras le mieux payé.  Tu as plein d’autres entreprises, d’autres domaines où tu seras largement mieux payé, mais par contre tu vas te faire « chier » au boulot. Donc là, je sais que je ne me fais pas « chier » mais je sais que je pourrais gagner largement mieux ma vie ailleurs sur le même poste. Il y a plein de paramètres à prendre en compte. Pour l’instant quand tu es au début de ta carrière et que tu fais entre guillemets un « job passion » c’est cool.  Après plus tard tu n’auras pas forcément les mêmes envies et les mêmes ambitions. 

Le sport c’est un des secteurs qui a su le mieux tirer profit de l’engouement pour les réseaux sociaux. Que penses-tu de l’évolution de la communication dans ce domaine ? 

Déjà tu as raison sur ta remarque, parce que c’est vrai que le sport a complètement bénéficié de ça parce que c’est très médiatique.  Moi je le vois, vu que je bosse dans le foot et je le vois vraiment. Après c’est un peu difficile de répondre à cette question. Tu veux parler de chaque secteur ou pas ? Ca tu le sais déjà mais la presse écrite elle souffre beaucoup de tout ça parce que maintenant on consomme l’actualité sportive.  Mais je ne sais pas toi, mais moi je la consomme uniquement en digital et donc la presse écrite c’est sûr qu’elle meurt à petit feu et peut-être qu’un jour elle ne pourra pas survivre à long terme.  Par exemple, il y a plein de journaux qui ont fermés dans des domaines.  En sport tu vois, il n’y a que l’Equipe, mais l’Equipe c’est une machine et les autres quotidiens qui ont essayé de s’y mettre n’ont pas réussis.  Je pense que France Football qui est un hebdomadaire qui existe depuis très longtemps, à un moment donné, pareil, ça va finir par disparaitre.  Tu vois, par exemple, le ballon d’or.  Le ballon d’or ils le faisaient à l’origine sur France Football le mardi et la une de France Football c’était la révélation du ballon d’or.  Celui qui avait gagné le ballon d’or, c’est tel joueur. Moi, je me souviens quand j’étais petit par exemple j’étais abonné et j’avais reçu « un tel a gagné le ballon d’or ».  Et bien après ils ont pu le faire à la télévision et maintenant le reveal du classement du ballon d’or il est sur Twitter et sur Instagram tout au long de la journée.  Donc ça montre à quel point cela a pris de l’importance puisque que c’est la plateforme numéro un pour annoncer quelque chose qui est énorme, donc on événementialise quelque chose maintenant sur les réseaux sociaux au lieu de le faire dans la presse écrite ou en télé.  On le fait aussi à la télé, tu vois ce que je veux dire ? Il y a un accompagnement global pour les réseaux sociaux et la télé. Après comment cela va évoluer encore ? Ça c’est hyper dur de répondre à cette question, parce que si tu m’avais posé la question il y a 5 ans, je ne t’aurais pas forcément répondu « dans 5 ans ce sera comme ça avec ces réseaux sociaux-là qui vont marcher, ce type de contenu ».  En fait, ça évolue tellement vite que du coup c’est difficile à dire. Là il y a une chose qui fait que la télé et les réseaux sociaux marchent bien ensemble.  C’est qu’en ce moment la vidéo c’est vraiment le contenu qui est phare.  On consomme énormément de vidéos sur les réseaux sociaux et qui dit vidéo dit aussi télé etc.  Et tu as pas mal de choses qui passent à la télé et qui sont derrière mises sur les réseaux sociaux par ce que ça fait du buzz et inversement tu as des vidéos qui ne sont que sur internet puis par derrière vont passer à la télé. Sur cette partie, voilà après, j’ai bossé à RMC pour les émissions, je ne sais pas si tu les connais, les émissions de sport sur RMC « L’after Foot ».  Tu vois avant c’était qu’en radio puis tout doucement on faisait en même temps un petit live sur Twitter et puis moi quand je suis arrivé on a commencé à le mettre à la télé.  C’était donc à la fois en radio, en télé et un peu sur Twitter et après on a voulu vraiment développer l’émission sur les réseaux sociaux.  Du coup on sortait des captations de vidéos en plein live de l’émission qu’on mettait sur leurs réseaux sociaux, donc ça veut dire que l’émission tu la voyais partout, tu la voyais sur trois canaux différents. Tu pouvais l’écouter et la voir sur trois canaux différents. Mais tu te rends compte, ça veut dire que tu peux regarder l’émission à la télé mais en même temps tu te dis « tiens ce soir je n’ai pas envie de regarder l’émission et quand elle sera terminée, je vais sur Twitter et je vais aller voir les vidéos de l’émission ».  Cela veut dire que le Community Manager qui est là, qui sort les vidéos, il va sortir un extrait donc au moins tu peux te dire « j’aurais vu les meilleures parties de l’émission ». Tu vas sur Twitter et tu as 4/5 extraits de l’émission directement comme ça, gratuitement, sans rien payer, c’est quand même formidable. Et après il y a une dernière chose que je voulais dire, c’est le phénomène de double écran ou de deuxième écran.  Ca veut dire quand tu regardes un match, maintenant je ne sais pas si toi tu es comme ça, mais tu as déjà dû observer presque tout le monde a un deuxième écran, quand tu regardes un match tu es en même temps sur ton téléphone, tu es sur Facebook, sur Instagram ou tu regardes des choses etc. Du coup, tu ne consommes plus du tout de la même façon ce que tu regardes à la télé. Et les émissions, elles peuvent se servir de ça aussi, par exemple pendant les émissions « allez nous dire ce que vous en pensez via l’hashtag machin ».  Ils peuvent s’en servir et essayer d’interagir directement avec les gens qui regardent la télé ou qui écoutent la radio, grâce aux réseaux sociaux. Et d’ailleurs, moi c’était mon boulot quand j’étais chez RMC. 

C’est quoi un bon Social Media Manager dans le secteur du sport ?

En fait en tant que Community Manager tu es vachement dans l’opérationnel. Appliquer la stratégie de communication digitale, potentiellement de répondre aux gens, faire de la veille, mine de rien plein de choses comme ça.  Alors qu’en fait le Social Media Manager c’est un peu le même boulot.  En fait, il y a plein de Community Managers qui devraient être appelés Social Media Manager. C’est juste parce que c’est un poste un petit peu plus important quand tu es Social Media Manager.  Tu as une vision un peu plus globale.  Moi, par exemple, je travaille avec des influenceurs, je m’occupe de tout ce qui est sponsorisation des post en relation avec l’agence qui médiatise les post.  Tu fais un travail de data analyste : je fais des bilans en disant que ces chiffres-là ont marqué le marché, ou ces chiffres-là pour tel contenu cela veut dire que ça a marché ou n’a pas marché et pourquoi ? C’est plein de petites tâches et des missions en plus mais après ça ne veut pas dire que le Community Manager n’en est pas capable.  Mais les missions d’un Community Manager à la base ce n’est pas ça. Après, pas mal d’entreprises disent qu’elles ont un Community Manager mais en fait le Community Manager est obligé de faire tout ça. Normalement le Community Manager n’est que sur la gestion de communauté et doit appliquer la stratégie de communication digitale alors que le Social Media Manager est censé l’élaborer. Déjà posséder une bonne culture du sport, si tu bosses là-dedans, il vaut mieux bien connaître.  Ensuite je pense qu’il faut être créatif, la créativité est très importante dans notre milieu, sinon tu deviens vite redondant, et ça te permets de te démarquer de la concurrence.  Puis tu as tellement de concurrence que, si tu n’es pas créatif, tu n’es pas visible. Tu peux être créatif de plusieurs façons au niveau éditorial, de la façon dont tu communiques, tes wardings, dans le contenu plutôt graphique que tu as créé ou la forme de ton contenu.  Est-ce que cela va être une vidéo, un GIF, une motion, une illustration, autre chose. Après, il y a pas mal d’agences qui sont là pour les grands groupes et les boites importantes. Moi, par exemple, je bosse avec des agences, ce qui veut dire que si dans mon quotidien je n’ai pas d’idée pour un truc, je peux aller voir une agence, je la briefes et je vais lui dire de me faire une reco. Après, j’aime bien dire la rigueur, parce qu’il faut être hyper organisé.  Si tu n’es pas rigoureux dans un poste comme ça, je ne sais pas tu es dans la merde quoi. Tu as des responsabilités quand même car tu représentes l’image de la marque.  Quand je dis ça, ça comporte aussi l’orthographe, il ne faut pas faire de fautes et bien écrire donc une qualité rédactionnelle et de synthèse. Après, il faut savoir prendre du recul parce que l’on sait comment sont les réseaux sociaux.  Il ne faut pas se sentir touché parce que tu te fais insulter par un mec, parce que tu vas en avoir pleins des abrutis derrière leur écran qui vont t’insulter. Dans le sport aussi, il faut savoir maitriser les enjeux car tu as une responsabilité.  Dans le sport, c’est un écosystème qui est un peu différent d’ailleurs et très médiatisé, surtout le foot, et il faut vraiment avoir conscience que tout ce que tu peux faire peut avoir une portée. 

Les bonnes pratiques à suivre sur les réseaux sociaux du coup ? 

Les bonnes pratiques à suivre sur les réseaux sociaux ou ailleurs, cela va être un peu pareil car si tu bosses là-dedans, il faut être à l’écoute du marché dans ton milieu.  Il faut savoir ce qui marche et ce qui ne marche pas, regarder les innovations et faire de la veille très souvent et benchmarker. Il faut toujours se renouveler ou du moins essayer et se dire que rien n’est jamais acquis.  D’un jour à l’autre ça peut évoluer, comme par exemple dans deux ans si ça se trouve Facebook est mort, donc si c’est mort on fait autre chose. Il faut aller chercher les innovations et être un précurseur et puis après il faut aussi se servir de la médiatisation, qui est importante dans le sport.  Il faut s’en servir et jouer là-dessus, profiter de ça. Moi mon produit la Ligue 1 est hyper engageant, donc en soi sur les réseaux sociaux je n’ai pas besoin d’aller chercher ou de faire quoi que ce soit pour que cela soit super engageant.  Il faut juste que je me serve de ça et que je surfe dessus. Il ne faut pas se reposer sur ses lauriers. En termes de bonnes pratiques, il faut aussi très bien connaître sa cible et la bonne utilisation.  Il faut savoir ce qui marche le mieux chez toi et le moins bien. Par exemple, je sais quand je poste à 18 heures j’ai toute ma communauté qui est au taquet et du coup, il faut que mes contenus les plus forts soient postés à ce moment-là et soient plus impactant. Mais ça c’est un petit exemple, mais si je sais que ma communauté adore les vidéos de plus d’une minute, il faut donc que j’accentue là-dessus. Il y a plein de marques qui postent juste pour poster et ne connaissent pas du tout l’environnement dans lequel ils sont. 

Selon toi pourquoi c’est important pour les clubs, les professionnels et les sportifs de communiquer sur les réseaux sociaux ? 

Déjà, si tu ne communiques pas sur les réseaux sociaux, tu n’es plus visible et personne ne va parler de toi car maintenant tout se fait là-dessus. Et puis les réseaux sociaux c’est l’image de ta boite, c’est l’image de ton club donc ça permet de, soit redorer ton image, soit lui donner d’autres caractéristiques.  Par exemple tu prends le club de Toulouse. Ils sont vraiment nuls sportivement, ils sont derniers du championnat, mais sur les réseaux sociaux ils ont une communication qui est très originale et un ton qui est un peu décalé. Du coup, cela leur permet d’avoir une grosse communauté, plus de gens qui les suivent alors qu’ils n’ont pas vraiment une grande fanbase, et de supporters très acharnés.  Cela leur permet aussi d’avoir une bonne image, malgré des résultats sportifs qui sont ultras décevants. L’image c’est hyper important.  Après, le deuxième facteur qui est sans doute le plus important, c’est l’aspect financier.  Plus tu vas avoir une communauté qui est importante, plus tu vas la monétiser. Par exemple, là nous sommes avec Conforama.  Quand ils ont négocié le contrat de naming, il y a forcément les données sur les réseaux sociaux qui ont été prises en compte. Le renouvellement se fera avec « Uber Eats » donc l’année prochaine nous aurons la « Ligue 1 Uber Eats ».  La ligue 1 a 2 millions de personnes qui les suivent sur Instagram donc peut être 2 millions de personnes qui vont voir Uber Eats. Du coup, le contrat va être orienté à ça. Et pareil tu peux vendre des opérations comme ça avec des partenaires, même de manière ponctuelle.  On fait une activation digitale ensemble et vous allez pouvoir bénéficier de 800 000 personnes qui nous suivent sur Facebook.  Ca se monétise, et pour les joueurs c’est pareil.  Plus ils vont avoir des personnes qui les suivent sur les réseaux sociaux, plus il y a de chances d’avoir des propositions de marques pour des pubs, des contrats etc.   Donc les joueurs ont tout intérêt à construire comme ça une image qui est cadrée et d’avoir une communauté qui vous suive.  Du coup le joueur c’est une marque, il devient une marque grâce aux réseaux sociaux. 

Vu que tu as travaillé avec Adidas, je voulais savoir comment une marque choisit tel profil ou tel joueur ou tel influenceur qui se trouve dans le domaine du sport ? 

Cela peut être une opportunité de marché. Moi je me souviens quand j’y étais, il y avait Pogba qui n’avait pas d’équipementier.  Tout le monde lui faisait la cour et là tu avais une opportunité.  Si tu mettais le paquet financièrement, et à l’époque il était considéré comme le futur meilleur joueur du monde donc un énorme potentiel marketing, ça peut être une opportunité.  Après sinon, tu choisis ton sportif en fonction des valeurs qu’il véhicule, par exemple Teddy Riner.  Pour une marque c’est super intéressant, comme il est considéré comme un sportif français d’excellence qui a de bons résultats.  C’est un champion, il véhicule avec le judo des valeurs de travail, de respect etc. C’est hyper cool pour une marque de s’associer à ce genre d’image. Moi par exemple, quand j’y étais, on avait fait une campagne pour des chaussures de running pour femmes exclusivement et on s’était associé avec une douzaine d’influenceuses. Bien là pour les chercher, typiquement il fallait déjà avoir comme critère une certaine communauté auprès des filles, un peu dans la coolness,  sportives, qui couraient déjà et qui véhiculaient une image de femme parisienne sportive.  Et pas comme toutes les influenceuses que l’on voit, superficielles, qui ne sont pas très sérieuses. Tu as un certain nombre de critères. Ton produit, il correspond à quelle valeur ? Qui aimerais-tu qui achète ces chaussures ? Selon, cette personne va être influencée par telle ou telle. C’est pareil pour les sportifs, tu vas chercher des sportifs qui vont inspirer ta cible. Après, le sportif a aussi des contraintes que n’a pas forcément l’influenceur.  L’influenceur cela va être son métier, donc il va être plus facile à toucher.  Le mieux c’est d’avoir des sportifs directement, mais les sportifs ils ont des contrats, ils n’ont pas qu’une marque en partenariat, donc ce n’est pas toujours facile de les avoir. C’est plutôt à ce niveau-là que cela se fait. Après il y a de très bons influenceurs qui sont peut-être plus cools à aborder. Tu as un exemple en particulier ou pas ?

Pas spécialement, mais j’ai un ami qui a travaillé pendant longtemps avec Adidas et Puma.  C’est vrai qu’à certains moments on préférait leur envoyer certains types de vêtements et crampons plutôt qu’à certains joueurs. Après je me dis que c’est aussi une question de crédibilité et les gens se sentent plus proches des influenceurs.

Ouais c’est vrai, ils sont plus grand public et plus proche par ce que c’est une personne comme une autre alors que le sportif de haut niveau au final, il n’est pas comme toi et moi. 

Les tendances digitales à suivre en 2020 ? 

J’allais te dire TikTok, parce que TikTok c’est vraiment la plateforme hyper engageante en ce moment.  Après, c’est un peu difficile mais je pense qu’il y a aussi l’e-sport mais je trouve que l’e-sport s’essouffle quand même un peu.  Je pensais que ça allait venir plus vite mais du coup pas sûr que ce soit le truc à suivre en 2020, mais faut quand même y jeter un œil. Après, sur les autres plateformes, je ne les ai pas en tête donc je ne vois pas quelle autre plateforme pourrait marcher mais après toujours plus de vidéos, les vidéos ça cartonne quand tu regardes TikTok par exemple. Tu sais Instagram, dès qu’il y a un concurrent qui devient trop fort, ils font pareil pour justement le contrer.  Ils ont fait ça avec Snapchat, ils ont créé les story et là ils vont faire pareil avec TikTok c’est-à-dire qu’ils vont créer leur propre option dans Instagram qui va être hyper similaire à TikTok dans les mois à venir là. Tu vas voir, je ne sais pas si ça va sortir dans pas longtemps, mais ça va faire un carton.  En tout cas, ça va se faire, tu penseras à moi quand ça se fera.  

Arthur Boisgard – Social Media Manager FFF

Qu’est-ce qui vous a poussé à rentrer dans l’univers de la communication ?

La communication et le marketing m’ont toujours intéressé et ce métier compilait parfaitement ces deux domaines.  

Vous avez travaillé pour HK Sport, un club de football et aujourd’hui pour la FFF.  Pourquoi ce choix de secteur ? (Sportif)   

On m’a toujours dit de faire de ma passion mon métier. C’est ce que j’ai essayé de faire en débutant dans un club de football amateur puis en intégrant une agence marketing qui gérait la communication et le marketing de clubs sportifs semi-professionnels pour ensuite intégrer le monde professionnel avec la FFF. J’ai ainsi pu voir le football via 3 prismes différents : club amateur, agence et fédération. 

Le sport est l’un des secteurs qui a su le mieux tirer profit de l’engouement pour les réseaux sociaux. Que pensez-vous de l’évolution de la communication dans ce domaine ? (Presse > télé > réseaux sociaux etc.)   

Les réseaux sociaux ne sont pas là pour remplacer ces médias traditionnels. Je pense qu’ils peuvent être parfaitement complémentaires, même si les réseaux sociaux ont pris de plus en plus d’ampleur et participent grandement à la communication des médias traditionnels Par exemple RMC qui relaye ses émissions sur leurs réseaux sociaux, le compte Twitter de l’Equipe qui met en avant le journal et la chaîne TV.  Tous les acteurs du sport ont su prendre le tournant des réseaux sociaux, qui leur a permis de gagner en notoriété (Toulouse FC) ou améliorer leur image.   

Selon vous, c’est quoi un bon Community Manager ? Un bon Social Media Manager ?   

Un bon Community Manager est une personne curieuse, réactive, avec un bon sens de l’analyse, une orthographe parfaite et une bonne organisation. Les qualités du Social Media Manager sont identiques mais il doit savoir prendre du recul sur la situation, avoir une capacité d’analyse et avoir un regard plus stratégique avec une vision long-termiste.   

Comment imaginez-vous ces métiers dans 5 ou 10 ans ?  

Concrètement, les métiers seront sensiblement les mêmes. C’est surtout l’importance de ces métiers au sein des organisations qui sera plus importante et ces personnes auront donc plus de responsabilités  

Une journée type d’un Community Manager ou Social Media Manager? (Votre expérience)

Très difficile de donner une journée type. J’ai la chance de ne jamais faire la même chose avec l’Equipe de France, la Coupe de France, le foot amateur… il y a énormément de sujets différents, des réunions, des déplacements en province et à l’étranger… c’est très variable !

Aujourd’hui le digital prend de plus en plus d’ampleur.  Comment faire pour sortir du lot sur les réseaux sociaux ? Quelles sont les bonnes pratiques à suivre en tant que Community Manager et Social Media Manager?

Tout dépend dans quel domaine nous sommes mais dans mon domaine, tout passe par le contenu. Il faut se différencier de la concurrence, produire des contenus innovants, originaux, attractifs, décalés…  

Selon vous, pourquoi est-il essentiel de nos jours pour les clubs, les professionnels et les sportifs de communiquer sur les réseaux sociaux ?   

Les réseaux sociaux étaient super importants pour l’image et la notoriété. Aujourd’hui, les organisations peuvent devenir leur propre média et n’ont plus besoin des médias traditionnels pour s’adresser à leur cible. La communication est beaucoup plus directe, contrôlée et maîtrisée. Nous attendons des réseaux sociaux qu’ils génèrent également du business, direct mais plus généralement indirect. Notamment avec des posts sponsorisés, des partenariats avec des marques, de la promo billetterie, mise en place de boutiques sur Facebook et Instagram …

Les tendances du digital et du sport à suivre en 2020 ?

La tendance, c’est le contenu. Après, à chacun de créer le contenu qui répond parfaitement aux attentes de sa communauté !

Jordan Dutuya – Influenceur football et lifestyle

Peux-tu te présenter et présenter ton parcours ? 

Je m’appelle Jordan Dutuya, j’ai 30 ans. J’ai créé mon premier compte sur Instagram il y a 3 ans et cela a tout bêtement commencé par le biais d’une passion qui est le football. J’ai eu envie, à l’image des bloggeuses qu’il y avait à l’époque sur le côté mode et lifestyle, de faire la même chose sur la partie football. Montrer un petit peu tous les produits que j’utilisais au quotidien. Cette envie est donc venue des inspirations de bloggeuses qui parlaient de tout et de rien et des produits qu’elles utilisaient au quotidien. J’ai commencé par faire des photos pendant mes entrainements, des produits que je m’achetais. Je me suis pris au jeu, j’ai vu que les gens réagissaient facilement et positivement et j’ai pris beaucoup de plaisir à le faire. Je me suis alors demandé, pourquoi ne pas continuer dans cette voie là et transmettre ma passion via les réseaux sociaux. Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain, ça s’est construit avec le temps. C’est comme ça que l’aventure a commencé, via Instagram, quasiment simultanément avec YouTube que j’ai utilisé de manière différente avec le temps, mais je me suis beaucoup plus consacré sur la partie créative avec Instagram car je suis plus passionné de photographie à la base, et au fur et à mesure j’ai fait évoluer mon contenu en tissant des liens avec différentes marques. J’avais l’avantage d’être l’un des pionniers de cette façon de communiquer sur les produits, du moins en France.  Du coup j’ai eu un contact un peu privilégié avec l’ensemble des marques sur le marché du football. Cela m’a permis de tester en tout premier temps des nouvelles gammes de produits, les inclure à mon contenu et en parler directement à ma communauté et le message à bien été reçu donc j’ai continué à faire ça. 

Une bloggeuse t’a inspiré en particulier ? 

Ce n’est pas une bloggeuse, comme je n’en suis pas. C’est plus la tendance. Je regardais ça d’un œil extérieur et spectateur. J’avais déjà cette sensibilité à la photographie car j’adore ça depuis très longtemps et je me suis dit « l’idée est bonne, la tendance est cool pourquoi pas faire ça à ma sauce avec ma passion à moi ». Mais il n’y a pas une personne en particulier qui a fait que je me dise que c’est absolument ça que je veux faire car ça ne serait pas vrai de dire ça. 

Quels sont les avantages et les inconvénients de ce métier ? 

Les avantages c’est pouvoir s’épanouir dans quelque chose qui te passionne à la base, c’est surtout pour cette raison là que j’ai fait ce choix de ne plus faire un métier classique comme je pouvais le faire dans le passé et me lancer dans un cadre d’auto-entreprise parce que je suis mon propre patron et il y a des avantages à être libre et indépendant. Mêler sa passion et tout ce qui englobe la partie football c’est quelque chose de vraiment exceptionnel à vivre puis-ce qu’on est fait pour s’épanouir dans quelque chose qui nous plait, que ce soit professionnellement ou personnellement. Mais au-delà de ça il y a aussi des inconvénients. Il ne peut pas y avoir que des strass et des paillettes même si ce n’est pas que ce qui nous guide. Tout l’aspect gestion au quotidien, tu n’as pas un patron derrière toi pour te dire il faut faire ça à telle heure, si tu ne fais rien, il n’y a rien qui se fait. Et pareil, de manière financière, tu as beau te construire un business plan par rapport à tes propres projets ou quoi que ce soit, tu restes quand même dépendant au niveau budget des marques et des autres opérations marketing qui peuvent être mises à ta disposition. C’est quelque chose qui est aléatoire dans le sens financier. Les tendances changent, il faut toujours se renouveler. Rester informé de ce qui se fait, des tendances. Sans forcément les suivre car ce n’est pas forcément intéressant de travestir sa création de contenu par rapport aux tendances. Mais il faut continuer à développer à sa manière tout en gardant son ADN personnel. (Le but est de transmettre un message aux autres.). Le gros du gros c’est l’aspect financier car c’est vraiment quelque chose d’aléatoire. Tu peux travailler comme un fou et avoir une très bonne rémunération à la fin du mois et le suivant ne rien avoir du tout, il faut savoir jongler entre les deux et gérer cela correctement car c’est assez complexe. 

Combien gagnes-tu ? 

Mon cas est assez particulier parce que j’ai commencé il y approximativement 3 ans. J’avais commencé à travailler sur le projet avant de me lancer de manière pro, de manière totalement classique. Je voulais voir ce que cela faisait de partager son contenu sur les réseaux et petit à petit, par la force des choses, et au fur et à mesure d’avoir des partenariats et des marques qui m’envoient des produits, je me suis dit il y a quelque chose à faire de manière professionnelle pour créer un business autour de ça et pour mêler passion et travail. Financièrement mon cas est un peu spécial car à partir d’un an après avoir travaillé sur ce projet là en autodidacte, les marques ont commencé à m’approcher avec des propositions. Deux marques tout particulièrement, Adidas et Puma qui sont venues vers moi et qui m’ont fait une proposition de sponsoring. Cela ne se fait pas au poste, mais c’était un contrat sur une année complète avec une rémunération fixe par rapport à ça et avec quelques objectifs en termes de création de contenus, un rythme régulier. C’est du donnant donnant avec une régularité et une qualité de contenus à hauteur de ce que la marque véhicule en termes d’image, ça c’est hyper important.  Puis à titre annexe par rapport à ce contrat là, j’ai toutes les opérations marketing comme le « One shot » ou « coup par coup » et du plus ou moins long terme avec d’autres marques sur des placements de produits, des invitations ou des événements qui peuvent être financés.  A ce moment-là les fourchettes  sont tellement aléatoires car cela dépend de la notoriété de l’influenceur, le travail qu’il y a à fournir par rapport au contenu et au projet ou sur le placement de produit car tu dois aussi regarder ce que cela va te coûter à toi en termes d’investissement pour créer ce contenu-là.  Par exemple, si tu dois mobiliser un photographe, une équipe vidéo ou autre. Tu dois d’abord budgétiser puis tu valides avec la marque ou pas en fonction du contenu a créer. Cela peut être une photo, une vidéo ou autre.  Cela dépend aussi du réseau social. Le plus dur c’est de garder une certaine régularité, mais je te confirme que c’est loin d’être rose. 

Quels partenariats ? Quelles marques ? 

Beaucoup ! Mais si on prend les plus grosses et dans le domaine du sport, toutes les marques présentes sur le marché du foot. De la plus petite à la plus grande. Au tout début, mon profil avait un certain intérêt pour ces marques-là, qui voyaient une sorte de nouveauté pour communiquer sur leurs produits. Le lien s’est fait assez vite via Instagram et Facebook. Je suis passé d’Adidas, Puma, New Balance, de la grosse à la petite marque, j’ai pu tester toutes les gammes de produits. 

Y’a-t-il des partenariats que tu as refusés ? 

Au départ non, car j’avais une certaine curiosité étant un passionné de football.  Mais à la base j’ai une passion, ce sont les produits qui tournent autour du football, comme les crampons et tout ce qui tourne autour de ça. J’avais une véritable curiosité par rapport à la technologie qui est utilisée dans la conception des produits.  Et c’était pour moi intéressant de pouvoir tester la palette complète des produits en question. Au départ, j’ai voulu tester ces produits-là et après effectivement je me suis fait mon propre avis sur les gammes et j’ai créé plus ou moins des affinités avec certaines marques.  Mais j’avais déjà des préférences avant même de commencer car, en termes de carrière sportive, j’avais une marque par affinité avec laquelle j’évoluais déjà. Au départ, quand j’ai commencé sur les gammes produit, je n’ai jamais refusé un partenariat. Par contre quand c’est dans le cadre d’une opération marketing, c’est-à-dire avec un financement, là par contre c’est à mon bon vouloir même si la marque me fait une proposition alléchante.  Si le produit déjà ne me plait pas ou n’a pas les valeurs que je défends, ça va être compliqué pour moi de travailler dessus car c’est en total désaccord avec mes valeurs et c’est donc compliqué. Cela fait partie de la gestion, il faut faire attention à ce que le côté financier ne prenne pas le dessus sur le message que toi tu transmets aux gens à travers tes contenus. C’est très facile de dire oui à une marque quand tu as besoin de thune et au final décevoir les gens qui te suivent, parce que tu fais un truc comme ça car tu as besoin d’argent. Il faut faire attention et ne pas se travestir vis-à-vis des propositions qui sont faites. Après il y a différents aspects : des marques qui vont te contacter dans une démarche positive et qui vont faire une proposition cohérente même si ça ne correspond pas, il y a une bonne interaction.  Et parfois au contraire, tu peux avoir des démarches qui sont presque agressives, il n’y a pas de réel intérêt pour ton travail et ça ce n’est pas dans ma façon de travailler. Je préfère les partenariats de plus ou moins long terme, qui tissent des liens, et créer des choses, un vrai projet. Plutôt que du one shot, au coup par coup, sur un produit qui ne te plait pas vraiment.

Donc tu n’as jamais menti à ta communauté ? 

Non honnêtement. Ça me désole parfois même de voir des personnes qui font des opérations de marketing, mais si je comprends qu’il faut faire tourner l’entreprise ou quoi que ce soit, parfois il y a des placements de produits qui sont quand même assez limites. 

Je parle d’influenceurs connus et peu connus, après on s’éloigne un peu, mais se sont surtout ceux qui sont issus de la télé-réalité. Tu vois les partenariats qui sont noués et qui sont très discutables, en termes d’image véhiculée puis en termes de communauté qui est souvent très jeune.  Je trouve que cela dessert le métier en lui-même. 

Quel a été ton plus gros projet avec une marque ? Celui dont tu es le plus fier ? Qui t’a le plus marqué ? 

Le plus gros projet sur lequel j’ai bossé, c’était avec Adidas jusqu’à ce début d’année 2019. Cela faisait un an et demi, deux ans, que j’étais avec eux. Ce n’était pas seulement un projet, mais plusieurs projets tout au long de l’année sur lesquels j’ai pu travailler. Des trucs vraiment très cools. Jamais je n’aurais imaginé ça, en débitant sur les réseaux sociaux. C’était des rencontres, des événements, des soirées, des choses que je n’aurais jamais imaginées même humainement car c’était super enrichissant.  Tu apprends beaucoup de choses et tu apprends aussi professionnellement parce que moi, par exemple, je suis totalement autodidacte. 

Le réseau social que tu préfères pour communiquer ?

Instagram. Pour la simple et unique raison qu’à la base j’adore la photographie et je tends de plus en plus à développer davantage le côté photographie au lieu de seulement partager des choses quotidiennes. Je ne suis pas un personnage qui aime se montrer spécialement dans sa vie très personnelle, ce n’est pas mon truc. J’ai essayé, mais je me suis vite imposé des limites car cela ne me plaisait pas spécialement.  J’ai plus poussé le côté artistique et photographique.  Là, pour l’année qui arrive, je suis en train de développer beaucoup plus le réseau YouTube pour pouvoir exploiter le format vidéo. Je vais plus m’amuser à faire des choses plus diverses que sur Instagram. Mais les deux sont complémentaires. Il n’y a pas un réseau social que je préfère plus qu’un autre. L’un a un contenu photo et l’autre un contenu vidéo.  C’est un mode de création qui est différent puis tu es limité pour chacun d’entre eux. Les deux ont leurs spécialités et leurs lacunes et puis après chacun les utilise comme il le souhaite.  Moi je préfère utiliser Instagram, pour un point de vue créatif par rapport à des photos plus ou moins qualitatives sur mon domaine à moi, plutôt que faire des photos à la volée juste comme ça et partager mon quotidien personnel. Ce n’est pas ce que j’ai envie de faire. 

À partir de quel moment tu t’es fait connaître ?

Cela s’est fait très rapidement. Au début j’ai créé mon compte Instagram personnel et au début je n’avais rien du tout, c’était juste histoire d’avoir un compte Instagram. Et puis j’ai eu cette idée là de poster des choses, une photo comme ça, d’une paire de crampons que je m’étais achetée. Je publiais une paire par jour quasiment.  J’étais totalement novice sur le sujet, surtout en ce qui concernait les hashtags, je les mettais un peu au hasard. Il n’y avait pas de guide. Puis c’était une époque où Instagram n’était pas aussi prisé qu’aujourd’hui.  Même s’il y avait quand même beaucoup de monde, c’était plus accessible en termes de contenu, tu avais plus facilement accès aux contenus des gens que tu ne connaissais pas et qui étaient moins visibles qu’aujourd’hui. Déjà aujourd’hui il y a beaucoup plus de monde et l’algorithme a changé de manière à ce que les gros contenus, les personnes qui ont beaucoup d’abonnés, soient beaucoup plus mis en avant.  Mais là, c’est en train de changer car ils veulent supprimer les likes et les likes disparaissent au profit des commentaires et cela revient un peu aux sources et je trouve cela assez positif car cela met en avant la communauté. Après, moi dans ma démarche, je n’ai jamais été quelqu’un qui a voulu faire du contenu pour des likes ou pour créer une grosse communauté.  Je l’ai fait dans une démarche assez candide à la base et ce n’était pas du tout voulu vraiment, histoire de partager le truc. Dans les 2/3 mois où j’ai commencé, j’avais déjà atteint les 1000 abonnés et c’est allé très vite. Le premier partenariat que j’ai eu, cela faisait à peine 6 mois que j’avais ouvert mon compte Instagram et c’était Adidas.  Ils sont venus vers moi car ils avaient vu mon compte Instagram et à l’époque j’avais déjà commencé à noter les marques dessus.  Au culot, je leur avais envoyé un email pour leur dire que j’ai toujours joué en Adidas depuis que je suis gamin et que ce serait cool que l’on fasse quelque chose ensemble.  A ce moment-là, j’ai eu un retour positif et ils m’ont envoyé des produits à tester, puis, ça a continué.  Puis ensuite effet boule de neige et tu as toutes les marques qui se sont mises à suivre le truc et voilà. Je pense qu’en une année j’ai réussi à atteindre entre 5000 et 10 000 abonnés. 

Cela s’est compliqué/ stabilisé par la suite ? 

J’avais l’avantage que c’était l’époque où il y avait des grosses pages et des grosses pages de sites internet de vente en ligne de paires de crampons qui repartageaient les contenus.  Quand il y avait des partages de contenu comme ça, les communautés suivaient assez facilement et c’était plus enclin à faire grossir tes chiffres.  Du coup ces partages, des pages de 1 à 2 millions d’abonnés, ont pas mal boosté mes chiffres et mes statistiques. Au départ, ma communauté était très internationale par rapport à ces pages là, puis petit à petit j’ai vraiment commencé à travailler là-dessus et ça s’est vraiment spécialisé sur la France.  Bien qu’aujourd’hui, j’ai toujours une communauté internationale 

Mais au niveau de ta communication sur Instagram, elle est essentiellement française ?

Oui, français par ce que je suis attaché au fait de communiquer en français bien que je parle très bien anglais « I speak very good english » (rire). Non, après je pense que c’est un choix et je pense que ce serait dommage de se passer de ma communauté française par ce que l’on ne va pas se mentir, les français ont la flemme d’apprendre l’anglais et beaucoup ne parlent pas du tout l’anglais donc ce serait un peu bête de ne pas communiquer en français pour commencer. Après, si un jour il y a des choses à faire qui doivent se faire en anglais (compétition et autres) je le ferais. J’ai une communauté qui est assez présente, ce qui est bien.  Ce que j’ai toujours, entre guillemets, souhaité c’est d’avoir une communauté qui n’est pas extrêmement jeune.  Je l’ai ciblé directement par rapport à ma création de contenu, c’est un choix artistique par rapport à ma ligne éditoriale et à la façon dont je m’exprime aussi sur les réseaux à ne pas toucher une cible qui soit trop jeune.  Ce n’est pas que je veuille m’en passer, mais j’ai plus d’affinités à échanger avec des gens sur des sujets plus ou moins profonds, même si cela reste dans le domaine du sport. Tu vois, je ne suis pas quelqu’un qui aime faire le clown sur les réseaux.  Ce n’est pas mon truc et du coup ça s’est fait presque automatiquement. Les enfants de 12 ans ne viennent pas voir mon contenu, sauf quand il y a des paires qui sortent, mais ce n’est pas la cible de ma communauté en tout cas. En termes de statistique, la plus grosse partie de ma communauté concerne les 18-30 ans et étonnamment 70% d’hommes et 30% de femmes. Il y a quand même une communauté féminine assez investie dans ce que je fais. Il y a pas mal de filles qui jouent au football et d’autres non, ce que je trouve bien du coup parce que ça permet de voir qu’il y a une vraie sensibilité par rapport à la création de contenu.  Même si le football n’est pas forcément quelque chose qui les intéressent à la base, il y a quelque chose qui se fait vis-à-vis de ça et c’est cool. 

C’est important pour moi d’avoir un avis 100% masculin : selon toi, que manque-t-il aux athlètes féminines dans leur manière de communiquer ? Pourquoi ces dernières sont si peu représentées dans le secteur du sport et peu mises en valeur ? 

Déjà je pense qu’il y a plusieurs choses à prendre en compte.  C’est-à-dire, par rapport à la création de contenu en elle-même, au-delà des athlètes qui sont déjà pros et déjà encadrées soit par les clubs – je parle du football – ou par une gestion en image ou quoi que ce soit. La création de contenu, parfois même sur des personnalités qui jouent à un niveau professionnel, n’est pas assez qualitative en termes d’image.  Déjà ça je pense, pose un léger problème par rapport à leur image et leur club. Après en termes de représentation, je pense que la plupart des filles qui sont suivies, et je te parle du monde du football, sont suivies par des filles.  Le football féminin en majeure partie, même si il y a beaucoup de mecs qui s’y intéressent – on ne va pas se mentir mais sportivement parlant – l’intérêt est plus important côté garçon pour le « football masculin ».  Je pense que ça en découle, le parallèle se fait assez facilement entre le sport et le contenu sur les réseaux et les partenariats, que ces personnes-là font, sont similaires, par rapport à l’image qu’elles développent, les partenariats qui sont faits, c’est du make-up. Ce que je veux dire, c’est que pour les filles, la question financière qu’il y a derrière est moindre par rapport à un athlète masculin.  Ce n’est pas ma position à moi mais une simple réalité en termes de chiffres qui fait qu’une grosse marque va préférer un Christiano Ronaldo qui a 40 millions d’abonnés sur Instagram que la meilleure joueuse féminine Alex Morgan qui doit avoir 1 million d’abonnés. Le ratio, il y a une énorme différence.  Je pense que pour l’instant le sport féminin subit un petit peu ça après c’est un point de vue financier. Après je ne sais pas si tu attends une réponse précise ?

Quelles opérations devraient être mises en œuvre pour qu’elles soient plus mises en avant ? 

Je pense que la question est un peu biaisée dans le sens où elle peut aussi être posée à un homme. C’est-à-dire que du moment que tu partages un contenu qui te passionne, même si tu es un athlète ou pas, la direction que tu prends et la création de contenu que tu fais est un choix qui à la base est personnel. Il ne faut pas que ce soit dicté par ce que les gens attendent de ton contenu et de ce que tu dois faire, car en fait c’est le pire truc qui puisse t’arriver. C’est le piège dans lequel se retrouvent la plupart des jeunes femmes sur les réseaux, c’est-à-dire que petit à petit, on ne va pas tergiverser, cela va plus facilement vers le côté où on se dénude, on fait ci ou ça pour attirer une communauté autre et après ça dénature le contenu d’origine.   Je pense qu’il y a une vraie perte de crédibilité à partir du moment où on travestit son réel désir de partage et de création de contenu.  Ca revient au même de ce que je disais tout à l’heure par rapport aux opérations marketing pour le côté financier.  C’est la même chose, sauf que là, c’est pour de la notoriété qui est assez éphémère.  Je pense que beaucoup de femmes en paient les conséquences par la suite sur la création de contenu quand elles veulent partager quelque chose. Après c’est une opinion, ce n’est pas définitif et heureusement.

Surtout depuis la dernière Coupe du monde les esprits ont quand même changé et même au niveau communication il y a énormément de choses qui ont été faites, des campagnes de publicité par exemple Nike.  Certaines joueuses n’avaient pas de réseaux sociaux et elles s’en sont créés…

Après si on prend vraiment le coté – plus d’un côté perso – mais si on prend vraiment le côté athlète pur avec les contrats, tout ce que tu veux c’est assez différent car là elles sont encadrées donc ce n’est pas la même chose. Pour l’instant, en termes de communication, je trouve que c’est assez léger, surtout en termes d’exploitation d’image.  C’est-à-dire que c’est très répétitif dans le sens où il n’y a pas vraiment de personnalité qui sort du lot. Si on prend le football féminin, il y a très peu de joueuses qui sont beaucoup suivies en toute honnêteté. Même en France, même post Coupe du monde, ça n’a pas explosé tant que ça. En termes d’opérations marketing, tu le vois même sur la Coupe du monde, il y avait un réel désintérêt des marques pour ce genre d’événement. Tant qu’il n’y aura pas ça, il n’y aura pas un réel intérêt pour les marques et là ça part d’un point essentiel : c’est la médiatisation. Tout ce qui est droits télévision, ça part de là. Du moment que tu as une forte exposition, tout va se découler autour de ça. Mais comme je t’ai dit, la nana la plus suivie dans le football, c’est trop peu pour l’instant pour qu’il y ait un vrai truc qui change.  Après si ta question est tournée comme : Qu’est-ce qu’une nana doit faire pour exploser et sortir du lot, il n’y a pas de recette miracle. La question, il faut la poser : est-ce que c’est ce que l’audience veut voir ou pas ? C’est une question ouverte. Après il y a des femmes, des athlètes qui peuvent ne pas avoir beaucoup de followers ou quoi que ce soit et qui n’ont pas forcément besoin de ça pour vivre de ça. Ta question elle peut vraiment partir dans tous les sens. Que devrait faire une femme pour avoir son empreinte dans la communication surtout sur le niveau athlète, la réponse ne vient malheureusement que du côté médiatique et de l’intérêt de l’audience pour son sport. Car tu as des gens, je prends un truc bête, ils sont champions du monde de n’importe quelle catégorie de natation ou ce que tu veux mais le mec il a 30 000 abonnés sur Instagram. Le champion du monde de Ping pong tu connais son nom ou pas ? Et pourtant il a tout autant de mérite qu’un autre athlète.  C’est juste que la médiatisation n’est pas assez forte pour que ça découle sur son influence personnelle à lui. 

Article sur sportifs qui deviennent eux-mêmes des influenceurs

Que penses-tu des sportifs et de leur manière de communiquer sur les réseaux sociaux ?  Est-ce que du coup ils ont pris la place des influenceurs qui peuvent être beaucoup plus passionnés, au niveau de la crédibilité, de l’image ? 

On va commencer par le mot influenceur qui, pour moi, est un mot un peu biaisé. Pour moi, l’influence c’est une conséquence d’un travail en amont. C’est-à-dire qu’aujourd’hui tu prends n’importe qui, par exemple Will Smith, c’est un influenceur mais à la base il est acteur, comédien et chanteur et c’est tout ce travail qu’il a fait avant qui fait qu’il dispose d’une influence à mettre au service de différentes marques pour communiquer.  Mais, en aucun cas, le mot influenceur ne définit un métier pour moi.  Ce n’est pas du tout cohérent et après c’est un raccourci que font les marques et les agences pour définir les gens qui travaillent comme ça.  Mais moi je ne connais pas une personne qui s’est levée un matin et s’est dit « tiens aujourd’hui je vais aller influencer les gens ».  Pour moi ce n’est pas la bonne définition. 

Par rapport à ta question, ils le deviennent par défaut par le fait de leur médiatisation et du message qu’ils véhiculent à travers leur discipline.  C’est-à-dire, ils ont une activité sportive, ils sont hyper médiatisés donc forcément tout ce qu’ils vont faire dans leur vie perso, sur le terrain ou peu importe, ça va être relaté, soit sur les réseaux sociaux, soit dans les médias classiques. Puis même par rapport à leurs partenariats, il y a des marques comme Adidas, Puma ou autres qui vont se tourner vers toi mais peut-être qu’à un certain moment, ils vont préférer se tourner vers des sportifs. Mais après c’est parce que les marques ont différentes façons de communiquer aussi. Elles ont des contrats sponsoring avec des athlètes professionnels et ça se sont des contrats à part avec des sommes astronomiques pour le commun des mortels. Dis-toi que Ronaldo gagne plus d’argent grâce à son influence sur Instagram que sur ses contrats sponsoring.  C’est quand même assez énorme. Mais en l’occurrence sur cet aspect-là, pour les athlètes, leur façon de communiquer a évoluée parce qu’il y a de plus en plus de jeunes athlètes qui sont ultra médiatisés et ce depuis tout jeune.  Si tu prends le cas de M Bappé qui a à peine 20 ans et qui a baigné là-dedans car il a grandi avec ça : Snapchat avec pleins de trucs, etc. Ils ont cet ADN-là d’exposer leur vie, après est-ce qu’ils le font bien ? Certains sont bien cadrés. Après ils ne sont pas plus crédibles, ils ont plus de pouvoir d’influence par leur statut en fait. 

Tu dois voir certains des partenariats que font les sportifs, est-ce que toi cela t’incites ? 

Non en fait moi, cela va te paraître bizarre, mais je n’ai jamais été influenceur par ce que je voyais sur les réseaux sociaux ou quoi que ce soit. Je dirais que c’est le « cordonnier le plus mal chaussé » c’est un peu ça. Après, il y a toujours des choses que j’ai vues sur les réseaux sociaux qui ont attisées ma curiosité et du coup qui ont fait que j’ai voulu me renseigner sur des choses.  Mais de là à vraiment créer un acte d’achat derrière, c’est arrivé assez rarement, mais je pense que c’est surtout une question d’image.  Par exemple pour des athlètes, sans citer de nom, car des marques travaillent surtout en termes d’image et d’exposition et c’est beaucoup mieux qu’une campagne d’affichage dans le métro. C’est plus efficace, tu peux avoir les chiffres, tu sais exactement qui tu touches, comment tu le touches, c’est défini aussi à l’avance même s’il y a des flops. Je ne te cache pas que j’ai vu passer des opérations marketing, des joueurs professionnels, qui ont fait des placements de produits qui étaient parfois catastrophiques. 

Tu as un exemple ? 

Je ne sais plus pour quoi c’était mais c’était Lucas Hernandez, qui a fait un placement de produit.  Je crois qu’il a même retiré son compte Instagram, c’était une catastrophe, une vidéo claquée, mais vraiment c’était abusé.  C’était un gros malaise, mais je crois qu’aujourd’hui elle n’est plus disponible sur son compte. 

Mais franchement j’en ai vu passer des trucs, puis il y a des photos qui sont dégueulasses parfois donc tu ne vois pas du tout le travail derrière.  Il y a de tout, il y en a qui sont bien encadrés, des sportifs bien encadrés avec de bonnes équipes pour gérer leur image correctement et créer des partenariats qu’il faut en fonction de leur image.  Et d’autres qui sont un peu frivoles et qui font un peu au gré de leurs envies et qui font n’importe quoi parfois, et est-ce qu’ils ont plus de crédibilité ? Je dirais oui vis-à-vis de leur statut et de leur pouvoir d’influence et est-ce que leur contenu est plus qualitatif ? Pas forcément. Et se sont deux façons différentes de communiquer pour les marques. Tu as les marques qui font au volume, c’est-à-dire elles font vraiment des gros lancements avec des chiffres astronomiques et après des campagnes plus ciblées avec des créateurs de contenu à plus petite échelle – et là tu reviens sur ce que l’on disait avec la micro influence – et du coup se sont des ciblages totalement différents en termes de communication. Par exemple, là il y a une marque comme Adidas qui a travaillé avec moi sur un projet à long terme.  C’est justement le fait que ce soit à long terme, c’est-à-dire que l’on crée du contenu quotidien, qualitatif, où l’on s’imprègne vraiment de l’image de marque, où même moi je travaille dessus. Alors que tu vois un athlète ou autre, ils vont faire des campagnes de volume.  Tu vois, tu sais que derrière il y a de l’argent, cela déclenche des ventes.  Il ne faut se mentir, tous les gamins qui voient Pogba avec la dernière paire de Nike ou de Predator, ils vont être là « wow c’est la nouvelle paire, il me la faut ». Après, est-ce que cela déclenche des actes d’achat ? Oui. 

Après on sait très bien qu’ils touchent la plupart du temps une communauté qui est très jeune et malheureusement on sait que se sont eux qui sont les plus influencés.

Les jeunes sont influencés, ce sont les parents qui paient.  Il y a une vraie réalité, parce que j’avais une étude là-dessus. Une vraie réalité sur les actes d’achat vis-à-vis de ces campagnes-là.  Les produits qui sont présentés sont des produits haut de gamme donc on est sur des gammes entre 300 et 350 euros en fonction des modèles.  Très peu de gens achètent ces modèles haut de gamme.  Ce sont plus les gens qui ont entre 18 et 30 ans, qui sont un peu plus âgés.  Après, tous les jeunes qui sont vraiment influencés par ça, partent sur des produits qui sont les mêmes mais en moyen gamme et bas de gamme qui sont à des prix plus bas du coup.  Ca reste le produit mais ça déclenche un acte d’achat et ce sont des volumes impressionnants.

Selon toi c’est quoi les tendances du digital à suivre en 2020 ? 

Alors surtout pas TikTok (rire).  Après je pense que c’est générationnel parce que moi comme je te disais, j’ai 30 ans et il y a des plateformes sur lesquelles je ne suis pas forcément en adéquation sur la façon de créer du contenu. Il y en a, où je me vois mal.  Comme je t’ai dit, TikTok je disais ça pour l’exemple, mais parce que je ne me vois absolument pas sur ce type de plateforme et ça ne m’intéresse pas du tout. Après, comment est-ce que ça pourrait évoluer ? Je ne sais pas vraiment, sachant que ça évoluera dans tous les cas. Après comment ? Je pense surtout sur la forme plutôt que sur le fond parce qu’honnêtement, les gens, ce qu’ils attendent c’est que l’on partage, nous, notre quotidien, ce que l’on fait. Après est-ce que ça va aller de plus en plus loin ? Ca je ne sais pas. En fait le problème c’est ça, quand on est confronté à ce type de création de contenu, je pense que le spectateur a toujours besoin d’aller un peu plus loin dans ce que tu peux lui proposer mais ça, ça ne dépendra que de ce que les gens veulent consommer en fait et c’est propre à chaque plateforme. Les consommateurs d’Instagram ne sont pas les mêmes que sur TikTok ou sur Snapchat et plus on avance et plus les contenus vont être immersifs dans la vie personnelle, mais après il faut savoir pourquoi on le fait. Il y a des créateurs qui sont vraiment là pour partager une passion sur un format de niche, sur quelque chose de vraiment ciblé. Alors que d’autres font un peu tout et n’importe quoi et ils partagent leur vie sans avoir un message en particulier, mais c’est juste le fait de partager.  Vraiment, c’est un peu Big Brother.  Je ne sais pas si tu vois, c’est une référence de vieux (rire). Et toi tu en penses quoi ? 

Moi je ne pensais pas qu’en termes de réseaux sociaux mais j’ai aussi pensé à l’e-sport.

Après si tu prends le cas du football dans le cadre professionnel, il est tout à fait possible que les athlètes pros aient la possibilité d’avoir une caméra en longueur de journée sur eux et pas forcément liée à un téléphone ou quoi que ce soit.  Mais, par exemple, je sais qu’Apple est en train de développer pour 2025.  Ils veulent lancer les lunettes connectés, un vrai truc de réalité augmentée qui serait ultra évolué.  Ce seront les technologies comme ça qui vont permettre l’essor de nouvelles façons de communiquer sur les réseaux sociaux et même l’immersion pour les fans. Moi je me vois hyper bien, regarde la façon dont tu consommes un match de football à la télévision, parce que c’est un spectacle.  Tu peux imaginer plusieurs choses : soit un stade complètement vide avec des fausses tribunes et des écrans où tu as tout le monde en live.  Ce serait horrible mais ça pourrait exister, où chacun y va de son petit commentaire. Moi je suis assez pragmatique, il y a de plus en plus d’interdictions dans les stades.  Tu ne peux plus faire grand-chose, les ambiances sont de plus en plus mortes dans les stades et là je te parle de la Ligue 1. Je te prends l’exemple de ma ville, Bordeaux, de plus en plus je vais voir les matchs qui n’ont plus d’ambiance, il n’y a qu’un petit bout du stade et encore. Le stade est quasiment vide, tu es là et tu te dis que ce n’est pas possible.  Pour les clubs, il y a plusieurs moyens de rentabiliser ça et je pense que ça passera par les nouvelles technologies.  Même les consommateurs devant leur télévision qui regardent un match de football pourraient très bien via les satellites ou via internet tout simplement avoir accès aux images de Pogba via son propre réseau social, parce que c’est la mode.  Tu vois Netflix, Disney ?  Ils ont tous leur propre plateforme, pourquoi pas les influenceurs ?  Chacun aurait sa plateforme. Mais imagine que lui il a sa propre plateforme.  Ils l’ont déjà fait.  Tu sais Otro, la plateforme avec Lionel Messi, c’est un média indépendant enfin bref. Donc imaginons qu’il ait sa propre façon de filmer. Imagines que pendant le match de foot tu te connectes et tu peux avoir accès à ce que vois Pogba sur le terrain pendant qu’il joue en immersif. Que tu puisses switcher d’une caméra à une autre et d’un joueur à un autre et d’un plan à l’autre. Comme si tu étais à la place du joueur ou alors une caméra spécifique à un angle du terrain et y avoir accès via des abonnements. Cela rejoint un peu ce que l’on disait sur les différentes façons de communiquer pour les créateurs de contenu. Tout est envisageable à partir du moment que les nouvelles technologies évoluent de manière exponentielle. Quand tu regardes la manière de communiquer d’il y a 10 ans et aujourd’hui il y a un incroyable bond. Après je suis persuadé que les gens, vu qu’ils adorent suivre différentes personnalités, surtout des athlètes et notamment dans le football, ça ne m’étonnerais pas qu’on ait accès à eux via un outil spécifique.  

(Comme ce que l’on voit en rugby mais de manière plus poussée quoi, ce serait un peu comme un jeu et ce serait très interactif) 

(Pour redonner aux gens envie d’aller aux stades, une sorte de nouveau souffle)

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui voudrait faire comme toi ? 

Justement de ne pas faire comme moi, le meilleur conseil que tu pourrais donner à quelqu’un, c’est de ne pas faire comme les autres. Après tu peux « t’éduquer » en t’inspirant du travail des autres et de quelque chose qui te plait.  Et à partir de ça, il faut que tu arrives à transmettre quelque chose qui toi te transcende et te touche.  Un sujet en particulier qui te fait vibrer. Un truc sur lequel tu as envie de t’exprimer et partager des choses parce que si tu le fait de manière totalement vide, dans le but unique de devenir influenceur, ça ne marchera pas parce que, d’une, les gens vont le ressentir et toi tu vas avoir ce sentiment d’être insatisfait mais surtout d’avoir le syndrome de l’imposteur (on l’appelle comme ça dans différents métiers) et je pense que tu peux vite avoir ce truc-là si tu n’as pas un vrai moteur derrière, une vraie passion. Après je ne dis pas, il y en a qui font du contenu très tendance et ils font de l’argent pour faire de l’argent et ils prennent ce qu’il y a à prendre sur un court terme puis après ils disparaissent et ça ça marche partout dans la musique etc… Et si vraiment tu veux faire un métier avec une vraie démarche où tu veux être indépendant, car c’est surtout ça « être indépendant », faire quelque chose qui te passionne et traiter d’un sujet sur lequel tu as des choses à dire et un message à transmettre, déjà tu as trois éléments qui sont assez forts pour pouvoir faire quelque chose de bien.  Après ça dépend aussi de toi et de tout ce que tu véhicules. Il faut toujours rester en accord avec ses principes. 

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