Peux-tu te présenter et présenter ton parcours ?
Je m’appelle Jordan Dutuya, j’ai 30 ans. J’ai créé mon premier compte sur Instagram il y a 3 ans et cela a tout bêtement commencé par le biais d’une passion qui est le football. J’ai eu envie, à l’image des bloggeuses qu’il y avait à l’époque sur le côté mode et lifestyle, de faire la même chose sur la partie football. Montrer un petit peu tous les produits que j’utilisais au quotidien. Cette envie est donc venue des inspirations de bloggeuses qui parlaient de tout et de rien et des produits qu’elles utilisaient au quotidien. J’ai commencé par faire des photos pendant mes entrainements, des produits que je m’achetais. Je me suis pris au jeu, j’ai vu que les gens réagissaient facilement et positivement et j’ai pris beaucoup de plaisir à le faire. Je me suis alors demandé, pourquoi ne pas continuer dans cette voie là et transmettre ma passion via les réseaux sociaux. Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain, ça s’est construit avec le temps. C’est comme ça que l’aventure a commencé, via Instagram, quasiment simultanément avec YouTube que j’ai utilisé de manière différente avec le temps, mais je me suis beaucoup plus consacré sur la partie créative avec Instagram car je suis plus passionné de photographie à la base, et au fur et à mesure j’ai fait évoluer mon contenu en tissant des liens avec différentes marques. J’avais l’avantage d’être l’un des pionniers de cette façon de communiquer sur les produits, du moins en France. Du coup j’ai eu un contact un peu privilégié avec l’ensemble des marques sur le marché du football. Cela m’a permis de tester en tout premier temps des nouvelles gammes de produits, les inclure à mon contenu et en parler directement à ma communauté et le message à bien été reçu donc j’ai continué à faire ça.
Une bloggeuse t’a inspiré en particulier ?
Ce n’est pas une bloggeuse, comme je n’en suis pas. C’est plus la tendance. Je regardais ça d’un œil extérieur et spectateur. J’avais déjà cette sensibilité à la photographie car j’adore ça depuis très longtemps et je me suis dit « l’idée est bonne, la tendance est cool pourquoi pas faire ça à ma sauce avec ma passion à moi ». Mais il n’y a pas une personne en particulier qui a fait que je me dise que c’est absolument ça que je veux faire car ça ne serait pas vrai de dire ça.
Quels sont les avantages et les inconvénients de ce métier ?
Les avantages c’est pouvoir s’épanouir dans quelque chose qui te passionne à la base, c’est surtout pour cette raison là que j’ai fait ce choix de ne plus faire un métier classique comme je pouvais le faire dans le passé et me lancer dans un cadre d’auto-entreprise parce que je suis mon propre patron et il y a des avantages à être libre et indépendant. Mêler sa passion et tout ce qui englobe la partie football c’est quelque chose de vraiment exceptionnel à vivre puis-ce qu’on est fait pour s’épanouir dans quelque chose qui nous plait, que ce soit professionnellement ou personnellement. Mais au-delà de ça il y a aussi des inconvénients. Il ne peut pas y avoir que des strass et des paillettes même si ce n’est pas que ce qui nous guide. Tout l’aspect gestion au quotidien, tu n’as pas un patron derrière toi pour te dire il faut faire ça à telle heure, si tu ne fais rien, il n’y a rien qui se fait. Et pareil, de manière financière, tu as beau te construire un business plan par rapport à tes propres projets ou quoi que ce soit, tu restes quand même dépendant au niveau budget des marques et des autres opérations marketing qui peuvent être mises à ta disposition. C’est quelque chose qui est aléatoire dans le sens financier. Les tendances changent, il faut toujours se renouveler. Rester informé de ce qui se fait, des tendances. Sans forcément les suivre car ce n’est pas forcément intéressant de travestir sa création de contenu par rapport aux tendances. Mais il faut continuer à développer à sa manière tout en gardant son ADN personnel. (Le but est de transmettre un message aux autres.). Le gros du gros c’est l’aspect financier car c’est vraiment quelque chose d’aléatoire. Tu peux travailler comme un fou et avoir une très bonne rémunération à la fin du mois et le suivant ne rien avoir du tout, il faut savoir jongler entre les deux et gérer cela correctement car c’est assez complexe.
Combien gagnes-tu ?
Mon cas est assez particulier parce que j’ai commencé il y approximativement 3 ans. J’avais commencé à travailler sur le projet avant de me lancer de manière pro, de manière totalement classique. Je voulais voir ce que cela faisait de partager son contenu sur les réseaux et petit à petit, par la force des choses, et au fur et à mesure d’avoir des partenariats et des marques qui m’envoient des produits, je me suis dit il y a quelque chose à faire de manière professionnelle pour créer un business autour de ça et pour mêler passion et travail. Financièrement mon cas est un peu spécial car à partir d’un an après avoir travaillé sur ce projet là en autodidacte, les marques ont commencé à m’approcher avec des propositions. Deux marques tout particulièrement, Adidas et Puma qui sont venues vers moi et qui m’ont fait une proposition de sponsoring. Cela ne se fait pas au poste, mais c’était un contrat sur une année complète avec une rémunération fixe par rapport à ça et avec quelques objectifs en termes de création de contenus, un rythme régulier. C’est du donnant donnant avec une régularité et une qualité de contenus à hauteur de ce que la marque véhicule en termes d’image, ça c’est hyper important. Puis à titre annexe par rapport à ce contrat là, j’ai toutes les opérations marketing comme le « One shot » ou « coup par coup » et du plus ou moins long terme avec d’autres marques sur des placements de produits, des invitations ou des événements qui peuvent être financés. A ce moment-là les fourchettes sont tellement aléatoires car cela dépend de la notoriété de l’influenceur, le travail qu’il y a à fournir par rapport au contenu et au projet ou sur le placement de produit car tu dois aussi regarder ce que cela va te coûter à toi en termes d’investissement pour créer ce contenu-là. Par exemple, si tu dois mobiliser un photographe, une équipe vidéo ou autre. Tu dois d’abord budgétiser puis tu valides avec la marque ou pas en fonction du contenu a créer. Cela peut être une photo, une vidéo ou autre. Cela dépend aussi du réseau social. Le plus dur c’est de garder une certaine régularité, mais je te confirme que c’est loin d’être rose.
Quels partenariats ? Quelles marques ?
Beaucoup ! Mais si on prend les plus grosses et dans le domaine du sport, toutes les marques présentes sur le marché du foot. De la plus petite à la plus grande. Au tout début, mon profil avait un certain intérêt pour ces marques-là, qui voyaient une sorte de nouveauté pour communiquer sur leurs produits. Le lien s’est fait assez vite via Instagram et Facebook. Je suis passé d’Adidas, Puma, New Balance, de la grosse à la petite marque, j’ai pu tester toutes les gammes de produits.
Y’a-t-il des partenariats que tu as refusés ?
Au départ non, car j’avais une certaine curiosité étant un passionné de football. Mais à la base j’ai une passion, ce sont les produits qui tournent autour du football, comme les crampons et tout ce qui tourne autour de ça. J’avais une véritable curiosité par rapport à la technologie qui est utilisée dans la conception des produits. Et c’était pour moi intéressant de pouvoir tester la palette complète des produits en question. Au départ, j’ai voulu tester ces produits-là et après effectivement je me suis fait mon propre avis sur les gammes et j’ai créé plus ou moins des affinités avec certaines marques. Mais j’avais déjà des préférences avant même de commencer car, en termes de carrière sportive, j’avais une marque par affinité avec laquelle j’évoluais déjà. Au départ, quand j’ai commencé sur les gammes produit, je n’ai jamais refusé un partenariat. Par contre quand c’est dans le cadre d’une opération marketing, c’est-à-dire avec un financement, là par contre c’est à mon bon vouloir même si la marque me fait une proposition alléchante. Si le produit déjà ne me plait pas ou n’a pas les valeurs que je défends, ça va être compliqué pour moi de travailler dessus car c’est en total désaccord avec mes valeurs et c’est donc compliqué. Cela fait partie de la gestion, il faut faire attention à ce que le côté financier ne prenne pas le dessus sur le message que toi tu transmets aux gens à travers tes contenus. C’est très facile de dire oui à une marque quand tu as besoin de thune et au final décevoir les gens qui te suivent, parce que tu fais un truc comme ça car tu as besoin d’argent. Il faut faire attention et ne pas se travestir vis-à-vis des propositions qui sont faites. Après il y a différents aspects : des marques qui vont te contacter dans une démarche positive et qui vont faire une proposition cohérente même si ça ne correspond pas, il y a une bonne interaction. Et parfois au contraire, tu peux avoir des démarches qui sont presque agressives, il n’y a pas de réel intérêt pour ton travail et ça ce n’est pas dans ma façon de travailler. Je préfère les partenariats de plus ou moins long terme, qui tissent des liens, et créer des choses, un vrai projet. Plutôt que du one shot, au coup par coup, sur un produit qui ne te plait pas vraiment.
Donc tu n’as jamais menti à ta communauté ?
Non honnêtement. Ça me désole parfois même de voir des personnes qui font des opérations de marketing, mais si je comprends qu’il faut faire tourner l’entreprise ou quoi que ce soit, parfois il y a des placements de produits qui sont quand même assez limites.
Je parle d’influenceurs connus et peu connus, après on s’éloigne un peu, mais se sont surtout ceux qui sont issus de la télé-réalité. Tu vois les partenariats qui sont noués et qui sont très discutables, en termes d’image véhiculée puis en termes de communauté qui est souvent très jeune. Je trouve que cela dessert le métier en lui-même.
Quel a été ton plus gros projet avec une marque ? Celui dont tu es le plus fier ? Qui t’a le plus marqué ?
Le plus gros projet sur lequel j’ai bossé, c’était avec Adidas jusqu’à ce début d’année 2019. Cela faisait un an et demi, deux ans, que j’étais avec eux. Ce n’était pas seulement un projet, mais plusieurs projets tout au long de l’année sur lesquels j’ai pu travailler. Des trucs vraiment très cools. Jamais je n’aurais imaginé ça, en débitant sur les réseaux sociaux. C’était des rencontres, des événements, des soirées, des choses que je n’aurais jamais imaginées même humainement car c’était super enrichissant. Tu apprends beaucoup de choses et tu apprends aussi professionnellement parce que moi, par exemple, je suis totalement autodidacte.
Le réseau social que tu préfères pour communiquer ?
Instagram. Pour la simple et unique raison qu’à la base j’adore la photographie et je tends de plus en plus à développer davantage le côté photographie au lieu de seulement partager des choses quotidiennes. Je ne suis pas un personnage qui aime se montrer spécialement dans sa vie très personnelle, ce n’est pas mon truc. J’ai essayé, mais je me suis vite imposé des limites car cela ne me plaisait pas spécialement. J’ai plus poussé le côté artistique et photographique. Là, pour l’année qui arrive, je suis en train de développer beaucoup plus le réseau YouTube pour pouvoir exploiter le format vidéo. Je vais plus m’amuser à faire des choses plus diverses que sur Instagram. Mais les deux sont complémentaires. Il n’y a pas un réseau social que je préfère plus qu’un autre. L’un a un contenu photo et l’autre un contenu vidéo. C’est un mode de création qui est différent puis tu es limité pour chacun d’entre eux. Les deux ont leurs spécialités et leurs lacunes et puis après chacun les utilise comme il le souhaite. Moi je préfère utiliser Instagram, pour un point de vue créatif par rapport à des photos plus ou moins qualitatives sur mon domaine à moi, plutôt que faire des photos à la volée juste comme ça et partager mon quotidien personnel. Ce n’est pas ce que j’ai envie de faire.
À partir de quel moment tu t’es fait connaître ?
Cela s’est fait très rapidement. Au début j’ai créé mon compte Instagram personnel et au début je n’avais rien du tout, c’était juste histoire d’avoir un compte Instagram. Et puis j’ai eu cette idée là de poster des choses, une photo comme ça, d’une paire de crampons que je m’étais achetée. Je publiais une paire par jour quasiment. J’étais totalement novice sur le sujet, surtout en ce qui concernait les hashtags, je les mettais un peu au hasard. Il n’y avait pas de guide. Puis c’était une époque où Instagram n’était pas aussi prisé qu’aujourd’hui. Même s’il y avait quand même beaucoup de monde, c’était plus accessible en termes de contenu, tu avais plus facilement accès aux contenus des gens que tu ne connaissais pas et qui étaient moins visibles qu’aujourd’hui. Déjà aujourd’hui il y a beaucoup plus de monde et l’algorithme a changé de manière à ce que les gros contenus, les personnes qui ont beaucoup d’abonnés, soient beaucoup plus mis en avant. Mais là, c’est en train de changer car ils veulent supprimer les likes et les likes disparaissent au profit des commentaires et cela revient un peu aux sources et je trouve cela assez positif car cela met en avant la communauté. Après, moi dans ma démarche, je n’ai jamais été quelqu’un qui a voulu faire du contenu pour des likes ou pour créer une grosse communauté. Je l’ai fait dans une démarche assez candide à la base et ce n’était pas du tout voulu vraiment, histoire de partager le truc. Dans les 2/3 mois où j’ai commencé, j’avais déjà atteint les 1000 abonnés et c’est allé très vite. Le premier partenariat que j’ai eu, cela faisait à peine 6 mois que j’avais ouvert mon compte Instagram et c’était Adidas. Ils sont venus vers moi car ils avaient vu mon compte Instagram et à l’époque j’avais déjà commencé à noter les marques dessus. Au culot, je leur avais envoyé un email pour leur dire que j’ai toujours joué en Adidas depuis que je suis gamin et que ce serait cool que l’on fasse quelque chose ensemble. A ce moment-là, j’ai eu un retour positif et ils m’ont envoyé des produits à tester, puis, ça a continué. Puis ensuite effet boule de neige et tu as toutes les marques qui se sont mises à suivre le truc et voilà. Je pense qu’en une année j’ai réussi à atteindre entre 5000 et 10 000 abonnés.
Cela s’est compliqué/ stabilisé par la suite ?
J’avais l’avantage que c’était l’époque où il y avait des grosses pages et des grosses pages de sites internet de vente en ligne de paires de crampons qui repartageaient les contenus. Quand il y avait des partages de contenu comme ça, les communautés suivaient assez facilement et c’était plus enclin à faire grossir tes chiffres. Du coup ces partages, des pages de 1 à 2 millions d’abonnés, ont pas mal boosté mes chiffres et mes statistiques. Au départ, ma communauté était très internationale par rapport à ces pages là, puis petit à petit j’ai vraiment commencé à travailler là-dessus et ça s’est vraiment spécialisé sur la France. Bien qu’aujourd’hui, j’ai toujours une communauté internationale
Mais au niveau de ta communication sur Instagram, elle est essentiellement française ?
Oui, français par ce que je suis attaché au fait de communiquer en français bien que je parle très bien anglais « I speak very good english » (rire). Non, après je pense que c’est un choix et je pense que ce serait dommage de se passer de ma communauté française par ce que l’on ne va pas se mentir, les français ont la flemme d’apprendre l’anglais et beaucoup ne parlent pas du tout l’anglais donc ce serait un peu bête de ne pas communiquer en français pour commencer. Après, si un jour il y a des choses à faire qui doivent se faire en anglais (compétition et autres) je le ferais. J’ai une communauté qui est assez présente, ce qui est bien. Ce que j’ai toujours, entre guillemets, souhaité c’est d’avoir une communauté qui n’est pas extrêmement jeune. Je l’ai ciblé directement par rapport à ma création de contenu, c’est un choix artistique par rapport à ma ligne éditoriale et à la façon dont je m’exprime aussi sur les réseaux à ne pas toucher une cible qui soit trop jeune. Ce n’est pas que je veuille m’en passer, mais j’ai plus d’affinités à échanger avec des gens sur des sujets plus ou moins profonds, même si cela reste dans le domaine du sport. Tu vois, je ne suis pas quelqu’un qui aime faire le clown sur les réseaux. Ce n’est pas mon truc et du coup ça s’est fait presque automatiquement. Les enfants de 12 ans ne viennent pas voir mon contenu, sauf quand il y a des paires qui sortent, mais ce n’est pas la cible de ma communauté en tout cas. En termes de statistique, la plus grosse partie de ma communauté concerne les 18-30 ans et étonnamment 70% d’hommes et 30% de femmes. Il y a quand même une communauté féminine assez investie dans ce que je fais. Il y a pas mal de filles qui jouent au football et d’autres non, ce que je trouve bien du coup parce que ça permet de voir qu’il y a une vraie sensibilité par rapport à la création de contenu. Même si le football n’est pas forcément quelque chose qui les intéressent à la base, il y a quelque chose qui se fait vis-à-vis de ça et c’est cool.
C’est important pour moi d’avoir un avis 100% masculin : selon toi, que manque-t-il aux athlètes féminines dans leur manière de communiquer ? Pourquoi ces dernières sont si peu représentées dans le secteur du sport et peu mises en valeur ?
Déjà je pense qu’il y a plusieurs choses à prendre en compte. C’est-à-dire, par rapport à la création de contenu en elle-même, au-delà des athlètes qui sont déjà pros et déjà encadrées soit par les clubs – je parle du football – ou par une gestion en image ou quoi que ce soit. La création de contenu, parfois même sur des personnalités qui jouent à un niveau professionnel, n’est pas assez qualitative en termes d’image. Déjà ça je pense, pose un léger problème par rapport à leur image et leur club. Après en termes de représentation, je pense que la plupart des filles qui sont suivies, et je te parle du monde du football, sont suivies par des filles. Le football féminin en majeure partie, même si il y a beaucoup de mecs qui s’y intéressent – on ne va pas se mentir mais sportivement parlant – l’intérêt est plus important côté garçon pour le « football masculin ». Je pense que ça en découle, le parallèle se fait assez facilement entre le sport et le contenu sur les réseaux et les partenariats, que ces personnes-là font, sont similaires, par rapport à l’image qu’elles développent, les partenariats qui sont faits, c’est du make-up. Ce que je veux dire, c’est que pour les filles, la question financière qu’il y a derrière est moindre par rapport à un athlète masculin. Ce n’est pas ma position à moi mais une simple réalité en termes de chiffres qui fait qu’une grosse marque va préférer un Christiano Ronaldo qui a 40 millions d’abonnés sur Instagram que la meilleure joueuse féminine Alex Morgan qui doit avoir 1 million d’abonnés. Le ratio, il y a une énorme différence. Je pense que pour l’instant le sport féminin subit un petit peu ça après c’est un point de vue financier. Après je ne sais pas si tu attends une réponse précise ?
Quelles opérations devraient être mises en œuvre pour qu’elles soient plus mises en avant ?
Je pense que la question est un peu biaisée dans le sens où elle peut aussi être posée à un homme. C’est-à-dire que du moment que tu partages un contenu qui te passionne, même si tu es un athlète ou pas, la direction que tu prends et la création de contenu que tu fais est un choix qui à la base est personnel. Il ne faut pas que ce soit dicté par ce que les gens attendent de ton contenu et de ce que tu dois faire, car en fait c’est le pire truc qui puisse t’arriver. C’est le piège dans lequel se retrouvent la plupart des jeunes femmes sur les réseaux, c’est-à-dire que petit à petit, on ne va pas tergiverser, cela va plus facilement vers le côté où on se dénude, on fait ci ou ça pour attirer une communauté autre et après ça dénature le contenu d’origine. Je pense qu’il y a une vraie perte de crédibilité à partir du moment où on travestit son réel désir de partage et de création de contenu. Ca revient au même de ce que je disais tout à l’heure par rapport aux opérations marketing pour le côté financier. C’est la même chose, sauf que là, c’est pour de la notoriété qui est assez éphémère. Je pense que beaucoup de femmes en paient les conséquences par la suite sur la création de contenu quand elles veulent partager quelque chose. Après c’est une opinion, ce n’est pas définitif et heureusement.
Surtout depuis la dernière Coupe du monde les esprits ont quand même changé et même au niveau communication il y a énormément de choses qui ont été faites, des campagnes de publicité par exemple Nike. Certaines joueuses n’avaient pas de réseaux sociaux et elles s’en sont créés…
Après si on prend vraiment le coté – plus d’un côté perso – mais si on prend vraiment le côté athlète pur avec les contrats, tout ce que tu veux c’est assez différent car là elles sont encadrées donc ce n’est pas la même chose. Pour l’instant, en termes de communication, je trouve que c’est assez léger, surtout en termes d’exploitation d’image. C’est-à-dire que c’est très répétitif dans le sens où il n’y a pas vraiment de personnalité qui sort du lot. Si on prend le football féminin, il y a très peu de joueuses qui sont beaucoup suivies en toute honnêteté. Même en France, même post Coupe du monde, ça n’a pas explosé tant que ça. En termes d’opérations marketing, tu le vois même sur la Coupe du monde, il y avait un réel désintérêt des marques pour ce genre d’événement. Tant qu’il n’y aura pas ça, il n’y aura pas un réel intérêt pour les marques et là ça part d’un point essentiel : c’est la médiatisation. Tout ce qui est droits télévision, ça part de là. Du moment que tu as une forte exposition, tout va se découler autour de ça. Mais comme je t’ai dit, la nana la plus suivie dans le football, c’est trop peu pour l’instant pour qu’il y ait un vrai truc qui change. Après si ta question est tournée comme : Qu’est-ce qu’une nana doit faire pour exploser et sortir du lot, il n’y a pas de recette miracle. La question, il faut la poser : est-ce que c’est ce que l’audience veut voir ou pas ? C’est une question ouverte. Après il y a des femmes, des athlètes qui peuvent ne pas avoir beaucoup de followers ou quoi que ce soit et qui n’ont pas forcément besoin de ça pour vivre de ça. Ta question elle peut vraiment partir dans tous les sens. Que devrait faire une femme pour avoir son empreinte dans la communication surtout sur le niveau athlète, la réponse ne vient malheureusement que du côté médiatique et de l’intérêt de l’audience pour son sport. Car tu as des gens, je prends un truc bête, ils sont champions du monde de n’importe quelle catégorie de natation ou ce que tu veux mais le mec il a 30 000 abonnés sur Instagram. Le champion du monde de Ping pong tu connais son nom ou pas ? Et pourtant il a tout autant de mérite qu’un autre athlète. C’est juste que la médiatisation n’est pas assez forte pour que ça découle sur son influence personnelle à lui.
Article sur sportifs qui deviennent eux-mêmes des influenceurs
Que penses-tu des sportifs et de leur manière de communiquer sur les réseaux sociaux ? Est-ce que du coup ils ont pris la place des influenceurs qui peuvent être beaucoup plus passionnés, au niveau de la crédibilité, de l’image ?
On va commencer par le mot influenceur qui, pour moi, est un mot un peu biaisé. Pour moi, l’influence c’est une conséquence d’un travail en amont. C’est-à-dire qu’aujourd’hui tu prends n’importe qui, par exemple Will Smith, c’est un influenceur mais à la base il est acteur, comédien et chanteur et c’est tout ce travail qu’il a fait avant qui fait qu’il dispose d’une influence à mettre au service de différentes marques pour communiquer. Mais, en aucun cas, le mot influenceur ne définit un métier pour moi. Ce n’est pas du tout cohérent et après c’est un raccourci que font les marques et les agences pour définir les gens qui travaillent comme ça. Mais moi je ne connais pas une personne qui s’est levée un matin et s’est dit « tiens aujourd’hui je vais aller influencer les gens ». Pour moi ce n’est pas la bonne définition.
Par rapport à ta question, ils le deviennent par défaut par le fait de leur médiatisation et du message qu’ils véhiculent à travers leur discipline. C’est-à-dire, ils ont une activité sportive, ils sont hyper médiatisés donc forcément tout ce qu’ils vont faire dans leur vie perso, sur le terrain ou peu importe, ça va être relaté, soit sur les réseaux sociaux, soit dans les médias classiques. Puis même par rapport à leurs partenariats, il y a des marques comme Adidas, Puma ou autres qui vont se tourner vers toi mais peut-être qu’à un certain moment, ils vont préférer se tourner vers des sportifs. Mais après c’est parce que les marques ont différentes façons de communiquer aussi. Elles ont des contrats sponsoring avec des athlètes professionnels et ça se sont des contrats à part avec des sommes astronomiques pour le commun des mortels. Dis-toi que Ronaldo gagne plus d’argent grâce à son influence sur Instagram que sur ses contrats sponsoring. C’est quand même assez énorme. Mais en l’occurrence sur cet aspect-là, pour les athlètes, leur façon de communiquer a évoluée parce qu’il y a de plus en plus de jeunes athlètes qui sont ultra médiatisés et ce depuis tout jeune. Si tu prends le cas de M Bappé qui a à peine 20 ans et qui a baigné là-dedans car il a grandi avec ça : Snapchat avec pleins de trucs, etc. Ils ont cet ADN-là d’exposer leur vie, après est-ce qu’ils le font bien ? Certains sont bien cadrés. Après ils ne sont pas plus crédibles, ils ont plus de pouvoir d’influence par leur statut en fait.
Tu dois voir certains des partenariats que font les sportifs, est-ce que toi cela t’incites ?
Non en fait moi, cela va te paraître bizarre, mais je n’ai jamais été influenceur par ce que je voyais sur les réseaux sociaux ou quoi que ce soit. Je dirais que c’est le « cordonnier le plus mal chaussé » c’est un peu ça. Après, il y a toujours des choses que j’ai vues sur les réseaux sociaux qui ont attisées ma curiosité et du coup qui ont fait que j’ai voulu me renseigner sur des choses. Mais de là à vraiment créer un acte d’achat derrière, c’est arrivé assez rarement, mais je pense que c’est surtout une question d’image. Par exemple pour des athlètes, sans citer de nom, car des marques travaillent surtout en termes d’image et d’exposition et c’est beaucoup mieux qu’une campagne d’affichage dans le métro. C’est plus efficace, tu peux avoir les chiffres, tu sais exactement qui tu touches, comment tu le touches, c’est défini aussi à l’avance même s’il y a des flops. Je ne te cache pas que j’ai vu passer des opérations marketing, des joueurs professionnels, qui ont fait des placements de produits qui étaient parfois catastrophiques.
Tu as un exemple ?
Je ne sais plus pour quoi c’était mais c’était Lucas Hernandez, qui a fait un placement de produit. Je crois qu’il a même retiré son compte Instagram, c’était une catastrophe, une vidéo claquée, mais vraiment c’était abusé. C’était un gros malaise, mais je crois qu’aujourd’hui elle n’est plus disponible sur son compte.
Mais franchement j’en ai vu passer des trucs, puis il y a des photos qui sont dégueulasses parfois donc tu ne vois pas du tout le travail derrière. Il y a de tout, il y en a qui sont bien encadrés, des sportifs bien encadrés avec de bonnes équipes pour gérer leur image correctement et créer des partenariats qu’il faut en fonction de leur image. Et d’autres qui sont un peu frivoles et qui font un peu au gré de leurs envies et qui font n’importe quoi parfois, et est-ce qu’ils ont plus de crédibilité ? Je dirais oui vis-à-vis de leur statut et de leur pouvoir d’influence et est-ce que leur contenu est plus qualitatif ? Pas forcément. Et se sont deux façons différentes de communiquer pour les marques. Tu as les marques qui font au volume, c’est-à-dire elles font vraiment des gros lancements avec des chiffres astronomiques et après des campagnes plus ciblées avec des créateurs de contenu à plus petite échelle – et là tu reviens sur ce que l’on disait avec la micro influence – et du coup se sont des ciblages totalement différents en termes de communication. Par exemple, là il y a une marque comme Adidas qui a travaillé avec moi sur un projet à long terme. C’est justement le fait que ce soit à long terme, c’est-à-dire que l’on crée du contenu quotidien, qualitatif, où l’on s’imprègne vraiment de l’image de marque, où même moi je travaille dessus. Alors que tu vois un athlète ou autre, ils vont faire des campagnes de volume. Tu vois, tu sais que derrière il y a de l’argent, cela déclenche des ventes. Il ne faut se mentir, tous les gamins qui voient Pogba avec la dernière paire de Nike ou de Predator, ils vont être là « wow c’est la nouvelle paire, il me la faut ». Après, est-ce que cela déclenche des actes d’achat ? Oui.
Après on sait très bien qu’ils touchent la plupart du temps une communauté qui est très jeune et malheureusement on sait que se sont eux qui sont les plus influencés.
Les jeunes sont influencés, ce sont les parents qui paient. Il y a une vraie réalité, parce que j’avais une étude là-dessus. Une vraie réalité sur les actes d’achat vis-à-vis de ces campagnes-là. Les produits qui sont présentés sont des produits haut de gamme donc on est sur des gammes entre 300 et 350 euros en fonction des modèles. Très peu de gens achètent ces modèles haut de gamme. Ce sont plus les gens qui ont entre 18 et 30 ans, qui sont un peu plus âgés. Après, tous les jeunes qui sont vraiment influencés par ça, partent sur des produits qui sont les mêmes mais en moyen gamme et bas de gamme qui sont à des prix plus bas du coup. Ca reste le produit mais ça déclenche un acte d’achat et ce sont des volumes impressionnants.
Selon toi c’est quoi les tendances du digital à suivre en 2020 ?
Alors surtout pas TikTok (rire). Après je pense que c’est générationnel parce que moi comme je te disais, j’ai 30 ans et il y a des plateformes sur lesquelles je ne suis pas forcément en adéquation sur la façon de créer du contenu. Il y en a, où je me vois mal. Comme je t’ai dit, TikTok je disais ça pour l’exemple, mais parce que je ne me vois absolument pas sur ce type de plateforme et ça ne m’intéresse pas du tout. Après, comment est-ce que ça pourrait évoluer ? Je ne sais pas vraiment, sachant que ça évoluera dans tous les cas. Après comment ? Je pense surtout sur la forme plutôt que sur le fond parce qu’honnêtement, les gens, ce qu’ils attendent c’est que l’on partage, nous, notre quotidien, ce que l’on fait. Après est-ce que ça va aller de plus en plus loin ? Ca je ne sais pas. En fait le problème c’est ça, quand on est confronté à ce type de création de contenu, je pense que le spectateur a toujours besoin d’aller un peu plus loin dans ce que tu peux lui proposer mais ça, ça ne dépendra que de ce que les gens veulent consommer en fait et c’est propre à chaque plateforme. Les consommateurs d’Instagram ne sont pas les mêmes que sur TikTok ou sur Snapchat et plus on avance et plus les contenus vont être immersifs dans la vie personnelle, mais après il faut savoir pourquoi on le fait. Il y a des créateurs qui sont vraiment là pour partager une passion sur un format de niche, sur quelque chose de vraiment ciblé. Alors que d’autres font un peu tout et n’importe quoi et ils partagent leur vie sans avoir un message en particulier, mais c’est juste le fait de partager. Vraiment, c’est un peu Big Brother. Je ne sais pas si tu vois, c’est une référence de vieux (rire). Et toi tu en penses quoi ?
Moi je ne pensais pas qu’en termes de réseaux sociaux mais j’ai aussi pensé à l’e-sport.
Après si tu prends le cas du football dans le cadre professionnel, il est tout à fait possible que les athlètes pros aient la possibilité d’avoir une caméra en longueur de journée sur eux et pas forcément liée à un téléphone ou quoi que ce soit. Mais, par exemple, je sais qu’Apple est en train de développer pour 2025. Ils veulent lancer les lunettes connectés, un vrai truc de réalité augmentée qui serait ultra évolué. Ce seront les technologies comme ça qui vont permettre l’essor de nouvelles façons de communiquer sur les réseaux sociaux et même l’immersion pour les fans. Moi je me vois hyper bien, regarde la façon dont tu consommes un match de football à la télévision, parce que c’est un spectacle. Tu peux imaginer plusieurs choses : soit un stade complètement vide avec des fausses tribunes et des écrans où tu as tout le monde en live. Ce serait horrible mais ça pourrait exister, où chacun y va de son petit commentaire. Moi je suis assez pragmatique, il y a de plus en plus d’interdictions dans les stades. Tu ne peux plus faire grand-chose, les ambiances sont de plus en plus mortes dans les stades et là je te parle de la Ligue 1. Je te prends l’exemple de ma ville, Bordeaux, de plus en plus je vais voir les matchs qui n’ont plus d’ambiance, il n’y a qu’un petit bout du stade et encore. Le stade est quasiment vide, tu es là et tu te dis que ce n’est pas possible. Pour les clubs, il y a plusieurs moyens de rentabiliser ça et je pense que ça passera par les nouvelles technologies. Même les consommateurs devant leur télévision qui regardent un match de football pourraient très bien via les satellites ou via internet tout simplement avoir accès aux images de Pogba via son propre réseau social, parce que c’est la mode. Tu vois Netflix, Disney ? Ils ont tous leur propre plateforme, pourquoi pas les influenceurs ? Chacun aurait sa plateforme. Mais imagine que lui il a sa propre plateforme. Ils l’ont déjà fait. Tu sais Otro, la plateforme avec Lionel Messi, c’est un média indépendant enfin bref. Donc imaginons qu’il ait sa propre façon de filmer. Imagines que pendant le match de foot tu te connectes et tu peux avoir accès à ce que vois Pogba sur le terrain pendant qu’il joue en immersif. Que tu puisses switcher d’une caméra à une autre et d’un joueur à un autre et d’un plan à l’autre. Comme si tu étais à la place du joueur ou alors une caméra spécifique à un angle du terrain et y avoir accès via des abonnements. Cela rejoint un peu ce que l’on disait sur les différentes façons de communiquer pour les créateurs de contenu. Tout est envisageable à partir du moment que les nouvelles technologies évoluent de manière exponentielle. Quand tu regardes la manière de communiquer d’il y a 10 ans et aujourd’hui il y a un incroyable bond. Après je suis persuadé que les gens, vu qu’ils adorent suivre différentes personnalités, surtout des athlètes et notamment dans le football, ça ne m’étonnerais pas qu’on ait accès à eux via un outil spécifique.
(Comme ce que l’on voit en rugby mais de manière plus poussée quoi, ce serait un peu comme un jeu et ce serait très interactif)
(Pour redonner aux gens envie d’aller aux stades, une sorte de nouveau souffle)
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui voudrait faire comme toi ?
Justement de ne pas faire comme moi, le meilleur conseil que tu pourrais donner à quelqu’un, c’est de ne pas faire comme les autres. Après tu peux « t’éduquer » en t’inspirant du travail des autres et de quelque chose qui te plait. Et à partir de ça, il faut que tu arrives à transmettre quelque chose qui toi te transcende et te touche. Un sujet en particulier qui te fait vibrer. Un truc sur lequel tu as envie de t’exprimer et partager des choses parce que si tu le fait de manière totalement vide, dans le but unique de devenir influenceur, ça ne marchera pas parce que, d’une, les gens vont le ressentir et toi tu vas avoir ce sentiment d’être insatisfait mais surtout d’avoir le syndrome de l’imposteur (on l’appelle comme ça dans différents métiers) et je pense que tu peux vite avoir ce truc-là si tu n’as pas un vrai moteur derrière, une vraie passion. Après je ne dis pas, il y en a qui font du contenu très tendance et ils font de l’argent pour faire de l’argent et ils prennent ce qu’il y a à prendre sur un court terme puis après ils disparaissent et ça ça marche partout dans la musique etc… Et si vraiment tu veux faire un métier avec une vraie démarche où tu veux être indépendant, car c’est surtout ça « être indépendant », faire quelque chose qui te passionne et traiter d’un sujet sur lequel tu as des choses à dire et un message à transmettre, déjà tu as trois éléments qui sont assez forts pour pouvoir faire quelque chose de bien. Après ça dépend aussi de toi et de tout ce que tu véhicules. Il faut toujours rester en accord avec ses principes.